Le 27 octobre 2003
Le texte suivant a été écrit par Robert Proulx, de Montréal, au Québec. Quand Robert était jeune, son but était de travailler, et non d'aller à l'école. Lorsqu'il allait à l'école, il n'y avait personne à la maison qui pouvait l'aider avec ses devoirs. Plus tard, il a fréquenté une école de métiers, où il a appris le métier de débosseleur de carrosserie.
Je m'appelle Robert Proulx. Je suis né à Montréal dans le quartier Centre-Sud, le 2 janvier 1972. J'ai été à l'école de cours professionnels, mais je n'ai pas avancé. Mon but était de travailler, pas d'aller à l'école. Même si j'allais à l'école, quand j'arrivais chez-nous le soir personne ne pouvait m'aider dans mes devoirs. J'ai fait plein de choses, j'ai appris à travailler manuellement pour la cour à scrap de ma famille d'accueil. J'avais 17 ans, j'ai appris à travailler mais je n'étais pas payé. Alors, ma travailleuse sociale m'a envoyé en appartement supervisé. J'ai fait plein de petites jobs, chez Steinberg, dans des restaurants, sur l'entretien. Ça me prenait un métier, donc je suis allé dans une école des métiers de Montréal comme débosseleur de carrosserie, ça a pris un an. J'ai travaillé dans un garage pendant deux ans et je suis rentré chez Kraft Canada, ça fait dix ans. C'est plaisant mais c'est stressant.
J'ai embarqué dans le projet Écomusée parce que ça me tentait d'essayer, c'était pour aller me chercher une expérience. Ça m'a donné de la fierté et de la confiance, je me disais: « t'es capable, vas-y, fonce! » Il faut dire qu'on a été beaucoup encouragé. Ici on nous donne des outils et je trouve que ça donne une force de travailler avec d'autres comme moi. On fonctionne chacun à notre rythme et on avance. Il n'est jamais trop tard pour apprendre même si au début tu te sens minable et que t'ose pas avouer que t'as un problème.
Moi non plus je n'étais jamais allé au musée. C'est bien, je trouve que ça nous ouvre les horizons. Par contre, ce qui m'a un peu dérangé pour le projet, c'est que j'aurais aimé ça être là plus souvent, surtout quand c'était le temps de monter les panneaux. J'ai trouvé qu'il manquait un petit quelque chose, c'était un peu fade. J'aurais aimé qu'il y ait plus de passé, plus de présent, plus de photos. Aussi, ça aurait été bon qu'on puisse voir la personne dans son milieu. Mais quand même, je suis super content, ça a été une belle expérience. Je suis fier, je trouve que j'ai fait du chemin.
[Ce texte a été tiré avec permission, du recueil de textes provenant d'un projet conjoint entre les organismes Atelier des lettres et L'Écomusée du fier monde, intitulé ABC et travail, pp.10-11.]