Le 2 janvier 2006
Le texte suivant a été rédigé par Yvonne Léger, autrefois de Notre-Dame de Kent, au Nouveau-Brunswick. Yvonne est décédée en 2009. Elle était inscrite à la classe d'alphabétisation à Notre-Dame. Elle était originaire de Grande-Digue. Pendant qu’elle suivait des cours d’alphabétisation, Yvonne aimait se tenir occupée. Elle était très impliquée dans les activités communautaires à l’église. Yvonne aimait aussi écouter de la musique et faire des marches. En 2005, elle a remporté le Prix de la francophonie en alphabétisation parrainé par l’ACELF et la FCAF.
J'ai toujours eu le goût d'explorer les livres qui dormaient sur les étagères, de lire, d'écrire, de calculer et d'apprendre quelque chose de nouveau à tous les jours. Mon passetemps préféré est de trouver les surprises cachées qui attendent dans les livres. Je suis toujours à la recherche de nouvelles informations dont j'ai besoin et qui me serviront dans l'avenir.
Quand j'étais une petite fille, j'ai appris à faire mes premiers pas, et en peu de temps, je marchais et bientôt j'ai découvert que je pouvais courir vite, très vite. C'était un début. Ensuite, en écoutant attentivement les mots et les chiffres que ma maman me répétait, j'ai appris à parler, à compter et à lire. Lorsque je me trompais, ma mère me disait : « Essaie encore. Tu vas y arriver. » Ces paroles m'ont fait comprendre que pour réussir il est nécessaire de faire des efforts à chaque jour et que grâce à ces efforts une meilleure vie est possible. Avec le temps, je réalise qu'avec de la pratique, même les choses que l'on pensait difficile deviennent facile.
La connaissance ne grandit pas tout seul, c'est comme un jardin. Pour arriver à récolter des fruits et des légumes, il faut préparer la terre et planter les graines, ensuite il faut prendre garde à ces plantes, les nourrir, leur donner beaucoup de soins, les entourer d'attention et il faut, en plus, être très patient, ne pas se décourager pour arriver à récolter en abondance le fruit de nos labeurs.
Depuis sept ans déjà que je fréquente les classes d'alphabétisation. Je réalise que pour réussir dans la vie il n'y a pas de raccourci. Le travail est nécessaire et l'effort mène au succès. Je suis de plus en plus satisfaite des résultats qu'ont produit mes efforts. Rien ne me donne plus de joie que d'accomplir des choses que j'étais incapable de faire avant. Il y a des qualités qui dorment en chacun de nous; il faut les développer. « Pourquoi ne pas essayer encore, un petit peu à la fois, à tous les jours ? » comme le disait ma mère. Comme moi, vous serez peut-être surpris de voir ce que vous pouvez faire.
Aujourd'hui, quand je regarde tout ce que j'ai vécu, je me demande comment j'aurais pu m'en sortir sans l'aide de ce que j'ai appris en suivant les cours d'alphabétisation. La découverte la plus importante c'était de me découvrir moi-même et de voir ce que je pouvais faire en développant mes propres qualités. Vaincre ma peur m'a amenée à prendre mes responsabilités et à ne plus avoir à dépendre sur les autres pour vivre ma vie. Il est vrai qu'à mon âge, je ne croyais pas réussir sur les bancs d'école. Ce n'est pas pour avoir une meilleure job que je suis retournée à l'école mais pour réaliser un vieux rêve inachevé. Résultat, je me sens maintenant plus jeune dans mon coeur que jamais. Ce n'est pas toujours facile, mais je n'ai jamais abandonné et je veux continuer car ce que j'apprends m'aide et me permet de me développer et d'avoir confiance en moi. Je vis maintenant une vie pleine de joie que j'apprécie grandement.
Pourtant, j'ai attendu longtemps avant de trouver cette porte magnifique. Ça m'a quand même demandé beaucoup de courage pour l'ouvrir après avoir attendu toutes ces années. De l'autre côté de la porte, il y avait un monde très enrichissant qui m'attendait. J'ai fait les premiers pas en ouvrant cette porte et j'en suis bien contente. Ce bout de chemin que j'ai parcouru, je n'en ai aucun regret. Avant, je vivais avec beaucoup d'inquiétude et d'angoisse; maintenant, je suis plus à l'aise avec moi-même. Je découvre des choses que je peux réussir sans aide, et j'arrive aussi à prendre mes décisions. De nos jours, avec la vie qui est de plus en plus exigeante, exigeante, ce n'est pas facile de toujours se faire aider par les autres ou d'attendre qu'ils aient le temps de nous venir en aide.
[Ce texte a été tiré avec permission, du Bulletin L'ACELF en action, septembre 2005. C'est un extrait du témoignage de Yvonne Léger.]