le 20 octobre 2008
Cette semaine, nous avons un texte écrit par Simonne Glazer, de Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick. Simone avait quitté l’école pour aider à sa mère. Elle est inscrite depuis trois ans à des classes pour adultes dans la région de Saint-Quentin. Simonne a remporté le Prix 2008 de l’accomplissement personnel de la compagnie The Cooperators. Ce prix lui a été remis lors du tournoi de golf au profit de l’alphabétisation, le 25 août à Moncton.
Bonjour! Je me nomme Simonne Glazer et j'ai 46 ans. Je désire participer à ce concours afin d'exprimer mon expérience. J'aimerais partager mon cheminement personnel durant les trois dernières années passées dans les classes d'adultes de la région de St-Quentin, et ce, malgré mes difficultés d'apprentissage. Mon objectif est de réussir à passer le GED.
La raison pour laquelle j'ai quitté très jeune mes études et contre ma volonté, c'était la santé fragile de ma pauvre mère qui n'était plus apte physiquement à accomplir ses tâches au foyer. Par obligation, à 15 ans, je suis restée à la maison.
Je me sentais tellement désarmée. Avant, j'étais si gênée que je ne pouvais même pas demander d'aide pour lire des choses que je ne comprenais pas. La rage qui m'habitait était terrible, lorsque je voyais les autres faire toutes sortes de choses dont je ne pouvais pas accomplir. Je me sentais impuissante mentalement, comme une sous-développée. Comment voulez-vous vous aimer si vous n'êtes pas fier de ce que vous accomplissez? Comme le dicton le dit si bien : 'Il faut s'aimer soi-même avant de pouvoir aimer les autres.'
À un moment donné, mon mari ne pouvait plus subvenir seul aux besoins familiaux. J'ai donc dû entrer, malgré ma volonté, sur le marché du travail. Il va sans dire que pour les gens analphabètes comme moi, sans scolarité, cela devient très ardu. Les tâches sont plutôt compliquées et difficiles à accomplir, surtout lorsqu'il faut suivre les instructions et qu'on ne sait pas trop comment s'y prendre. Il est certain que je ne crie pas sur les toits que je suis ANALPHABÈTE. Je l'ai caché tant que j'ai pu. J'étais tellement gênée et j'avais si honte de cela. Je n'aime pas ce mot 'analphabète' car pour moi, il signifie l'ignorance et la pauvreté. C'est une souffrance de ne pas savoir dire les vrais mots, parler correctement. Souvent, je préférais ne rien dire du tout au lieu de me faire ridiculiser. C'est très blessant de ne pas être compris. C'est une sorte d'incompréhension de certaines personnes qui n'ont pas vécu cette réalité.
C'est la survie, le cœur au ventre qui m'a sauvé. Être déterminée et vaillante m'a permis de gagner ma vie honorablement. Mon travail se résume à des emplois précaires et très difficiles physiquement. En plus, je reçois moins de salaire que ceux qui ont des certificats ou des diplômes. Actuellement, j'effectue des travaux saisonniers tels que la fabrication de couronnes de Noël (cela demande de longues heures debout et, souvent, on omet la pause, car nous sommes payés à la pièce), planteuse de petits arbres, le ramassage de pommes de terre, aide-cuisinière dans les restaurants et les cantines. Toutes ces expériences m'ont permis de découvrir que j'ai de la facilité à travailler sous pression, à effectuer des tâches répétitives. J'ai développé le sens des responsabilités, la persévérance, la dextérité manuelle ainsi que la rapidité dans mon travail.
Ce texte a été tiré avec permission, de la Chronique sur l’alphabétisation, écrite par Paul-Émile Cormier, parue dans L'Étoile, le 30 août 2008.]