EIAA

Document de base sur l'Enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes (EIAA)

L'Enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes (EIAA) constitue la première évaluation multinationale et multilingue de l'alphabétisme chez les adultes. L'EIAA a élaboré des échelles pour comparer le rendement en lecture parmi des personnes dont les capacités variaient considérablement et pour comparer les capacités de lecture d'une culture et d'une langue à l'autre.

La première enquête a été menée en 1994 dans sept pays — l'Allemagne, le Canada, les États-Unis, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède et la Suisse. Les résultats ont été publiés en décembre 1995 dans un rapport innovateur intitulé Littératie, Économie et Société. Au Canada, les résultats ont été publiés en septembre 1996 dans le document Lire l'avenir : Un portrait de l'alphabétisme au Canada. Ces deux rapports ont mis en évidence les répercussions sociales et économiques des divers niveaux de capacités, les facteurs à l'origine de ces répercussions et la mesure dans laquelle elles pourraient faire l'objet d'une intervention gouvernementale.

Depuis, cinq autres pays — l'Australie, la Belgique (Flandre), l'Irlande, la Nouvelle- Zélande et le Royaume-Uni — se sont joints à l'enquête, ce qui porte à 12 le nombre total de pays participants.

Les résultats de l'enquête provenant des 12 pays sont actuellement rendus publics dans la deuxième publication internationale intitulée Littératie et Société du Savoir.

L'Enquête internationale est dirigée par Statistique Canada en collaboration avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L'Educational Testing Service et le National Center for Education Statistics, du Department of Education des États-Unis, ont prêté leur soutien indispensable. Dans chaque pays participant, une équipe nationale d'étude était chargée de mener l'enquête en collaboration avec des chercheurs du domaine de l'éducation. Au Canada, la Direction générale de la recherche appliquée et le Secrétariat national à l'alphabétisation, tous deux de Développement des ressources humaines Canada, étaient les principaux parrains de l'EIAA.

Rôle novateur du Canada

En choisissant Statistique Canada pour concevoir et diriger l'enquête, on a reconnu les efforts innovateurs déployés par le Canada pour mesurer les capacités de lecture de populations de cultures et de langues diverses. En 1989, le Secrétariat national à l'alphabétisation a demandé à Statistique Canada de produire le premier profil national canadien sur l'alphabétisme, qui a été publié dans Alphabétisation des adultes au Canada, résultats d'une étude nationale. Cette enquête a permis de mesurer avec succès les capacités de lecture des populations francophone et anglophone du Canada. L'enquête nationale sur l'alphabétisation des adultes aux États-Unis a permis d'affiner davantage les instruments de mesure des capacités de lecture. Ces enquêtes ont fait progresser la compréhension de l'alphabétisme en rejetant la notion dépassée selon laquelle une personne est soit alphabète, soit analphabète, et en introduisant le nouveau concept d'alphabétisme, qui désigne un continuum de capacités variant de très limitées à très élevées. L'EIAA s'est inspirée de ce nouveau point de vue pour définir l'alphabétisme comme :

l'aptitude d'une personne à comprendre et à utiliser l'information écrite dans ses activités quotidiennes à la maison, au travail et dans la collectivité afin de parvenir à ses objectifs et d'étendre ses connaissances et ses capacités.

Interpréter les résultats

L'objectif de l'enquête n'était pas de classer les pays du plus alphabète au moins alphabète. Il s'agissait plutôt de comparer, d'une culture et d'une langue à l'autre, le rendement en lecture de personnes ayant des capacités très variées. En conséquence, toutes les comparaisons directes entre les pays doivent tenir compte, pour chacun d'entre eux, des caractéristiques socioéconomiques à l'origine des capacités de lecture observées. Cela dit, l'EIAA permet de classer chaque pays au sein du continuum international d'alphabétisme.

Débloquer l'économie mondiale

La dernière décennie a vu se réaliser des changements technologiques et politiques qui ont causé des bouleversements socioéconomiques à l'échelle mondiale. Les économies des pays de l'OCDE doivent maintenant soutenir la concurrence de pays émergents possédant une main-d'œuvre abondante, scolarisée et relativement peu coûteuse. En même temps, ils doivent composer avec un éventail infini de possibilités de collaboration et une multitude de nouvelles perspectives.

La nouvelle économie mondiale est caractérisée par un accroissement considérable de la circulation de l'information et des capitaux. La meilleure façon d'exploiter ce nouvel environnement économique est de renforcer la capacité d'adaptation des entreprises et des marchés du travail, d'accroître leur productivité et de miser sur l'innovation. Cependant, cette capacité dépend d'abord et avant tout des connaissances et des compétences de la population. L'EIAA révèle que les capacités de lecture de chaque citoyen sont un puissant déterminant de la capacité d'adaptation et d'innovation d'un pays.

Évaluer l'alphabétisme

On ne peut limiter la définition de l'alphabétisme à la seule capacité de traiter l'information de tous les types de textes. Les populations des pays industrialisés sont exposées quotidiennement à toutes sortes de renseignements écrits et elles doivent faire appel à différentes capacités pour les comprendre et s'en servir. Pour refléter cette complexité, on a défini l'alphabétisme, dans le cadre de l'EIAA, selon trois catégories :

  1. La compréhension de textes suivis : la capacité de comprendre et d'utiliser l'information contenue dans des textes tels des éditoriaux, des reportages, des poèmes et des ouvrages de fiction.
  2. La compréhension de textes schématiques : la capacité de repérer et d'utiliser l'information présentées sous diverses formes, notamment les demandes d'emploi, les formules de paie, les horaires de transport, les cartes routières, les tableaux et les graphiques.
  3. La compréhension de textes au contenu quantitatif : la capacité d'effectuer des opérations arithmétiques, comme établir le solde d'un compte de chèques, calculer un pourboire ou remplir un bon de commande.

Dans le cadre de l'EIAA, les tâches conçues pour mesurer les capacités de lecture ont été classées sur une échelle de 0 à 500 points. Cette échelle a ensuite été divisée en cinq grands niveaux de capacités.

Le niveau 1 désigne des capacités de lecture très faibles; la personne peut, par exemple, avoir de la difficulté à déterminer, à partir des renseignements indiqués sur l'emballage, quelle dose exacte de médicament il faut donner à un enfant.

Au niveau 2, les répondants peuvent seulement traiter l'information de textes simples, présentés clairement et dans lesquels les tâches à accomplir ne sont pas trop complexes. Cette catégorie est importante, car elle permet de déterminer quelles sont les personnes qui ont appris à se débrouiller dans la vie de tous les jours avec le peu de capacités de lecture qu'elles possèdent, mais qui auraient de la difficulté à acquérir de nouvelles compétences professionnelles exigeant un niveau supérieur de capacités.

Le niveau 3 est considéré dans plusieurs pays comme un seuil minimum à maintenir, bien que certaines professions requièrent des capacités supérieures.

Aux niveaux 4 et 5, les capacités de lecture sont de plus en plus élevées, car le lecteur doit pouvoir manipuler plusieurs sources d'information à la fois ou résoudre des problèmes plus complexes. Il semble que ces exigences soient nécessaires pour certains emplois.

Dans chacun des 12 pays — l'Allemagne, l'Australie, la Belgique, le Canada, les États- Unis, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse — entre 2 000 et 3 000 adultes (5 660 au Canada) ont participé à l'enquête. Tous les répondants ont subi le test dans leur langue nationale, à leur domicile. Les évaluations de la compréhension de textes suivis et de la compréhension de textes schématiques comportaient chacune 34 tâches, tandis que l'évaluation de la compréhension de textes au contenu quantitatif en comportait 33. Toutes ces tâches se situaient à différents degrés de difficultés. Les feuilles ci-jointes présentent un échantillon des tâches à accomplir, ainsi que les niveaux et les résultats.

L'EIAA révèle des écarts dans la « société du savoir »

Si les pays doivent faire appel à un nombre croissant de travailleurs aux capacités très élevées pour prendre de l'expansion, alors cette expansion sera affectée par les pratiques courantes des employeurs, des personnes et des gouvernements. L'EIAA a démontré que la tendance n'est pas à l'accroissement du nombre de travailleurs hautement qualifiés, mais plutôt à l'accroissement des capacités des travailleurs déjà qualifiés. Le réservoir de main- d'œuvre disponible, composé de chômeurs et de travailleurs de secteurs industriels en déclin, regroupe des personnes peu qualifiées. Toute stratégie de croissance industrielle doit obligatoirement comprendre des politiques pour offrir plus de possibilités d'apprentissage et accroître les capacités de ce capital humain.

La répartition des capacités de lecture donne aussi un aperçu de l'ampleur des différences entre les groupes sociaux, ce qui fait de l'alphabétisme un élément essentiel de toute stratégie de promotion de la cohésion sociale. Par conséquent, il est inconcevable de considérer l'alphabétisme du seul point de vue des objectifs économiques.

Ce nouveau rapport fournit une abondance de nouvelles données. Elles rendent possible l'évaluation des conclusions antérieures et renforcent les résultats du rapport canadien intitulé Lire l'avenir : Un portrait de l'alphabétisme au Canada ainsi que ceux du document Littératie, Économie et Société,tous deux fondés sur la première étude de l'EIAA. Les données sont réparties selon la langue, l'âge, le sexe et la région. Plus important encore, le rapport contient de nouveaux renseignements permettant d'évaluer les politiques canadiennes en matière d'alphabétisme, d'éducation et de développement socioéconomique. En ouvrant une fenêtre sur la vie des Canadiens et de leurs voisins dans le monde, à la maison, au travail et dans la collectivité, le rapport leur offre un aperçu de ce que pourrait être leur avenir.

La présente étude est un complément de l'analyse présentée dans ces rapports, apportant de nouveaux renseignements sur l'importance socioéconomique de l'alphabétisme dans les pays de l'OCDE.

HRDC-DRHCCanada

Page précédente Documents à texte entier