Partie I1 Motivations des employés Le bénévolat nest plus considéré comme une activité purement désintéressée. Aujourdhui, il est communément admis que le bénévolat comble un besoin chez ceux qui le pratiquent, tout en leur permettant dapporter une aide précieuse aux organismes et aux personnes quils servent. Les programmes de bénévolat en milieu de travail offrent aux employés loccasion de progresser sur les plans personnel et professionnel. Les employés peuvent ainsi :
En résumé, le bénévolat attire travailleurs et non-travailleurs pour des raisons à peu près identiques. Lintérêt personnel est un facteur déterminant dans lengagement communautaire, que lon fasse ou non partie de la population active. 2 Motivations de lentreprise Le premier objectif de toute entreprise est de fabriquer un produit ou de fournir un service de manière à maximiser ses profits. Cependant, beaucoup dentreprises se reconnaissent également une responsabilité sociale, et croient quelles sont tenues de contribuer à la qualité de vie de la communauté où elles sont implantées et où habitent leurs employés. Le sens civique est un puissant facteur de motivation dans la décision que prend une entreprise de sengager dans la communauté. Ce fait est confirmé dans une étude réalisée en 1986 par le Conference Board du Canada sur les pratiques et politiques des employeurs concernant le bénévolat en milieu de travail, et par des études de cas et dautres recherches réalisées en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Les motivations qui amènent une entreprise à sengager dans la communauté couvrent toute la gamme des raisons possibles, depuis le geste essentiellement intéressé jusquà laction purement philanthropique. À une extrémité, on trouve des activités parrainées en raison des avantages quelles procurent sur le plan des relations publiques et des affaires et à lautre, des dons versés à des organismes de charité et des dons en nature qui peuvent même être faits dans lanonymat. Chaque entreprise se situe quelque part à lintérieur de ce continuum. Dans le cas du bénévolat en milieu de travail, la motivation reposera vraisemblablement sur des considérations altruistes et sur des considérations intéressées, ce qui est parfaitement naturel. Tout comme les individus ont des besoins auxquels le bénévolat peut répondre, les entreprises ont également des besoins quelles peuvent combler en encourageant leurs employés à faire du bénévolat. Au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, lexpérience a montré que le bénévolat en milieu de travail présente des avantages pour lentreprise. Cependant, comme ces avantages sont en grande partie immatériels, ils se mesurent difficilement. Néanmoins, beaucoup dentreprises sont convaincues que leur programme de bénévolat :
Les efforts déployés par une entreprise pour établir des relations avec la communauté seront dautant plus fructueux quelle comprend bien les enjeux communautaires et quelle est sensible aux besoins de cette communauté. De plus, elle peut ainsi mieux cerner ses marchés locaux. Limage qua une entreprise delle-même est tout aussi importante, puisque cette image a une incidence directe sur la motivation des employés. Lappui donné au bénévolat en milieu de travail montre aux employés que lentreprise apprécie la contribution quils font à la communauté. Les employés peuvent même considérer comme un avantage de travailler pour un employeur qui appuie le bénévolat et qui les encourage à uvrer dans les domaines qui leur tiennent à cur. Le bénévolat en milieu de travail permet à lentreprise :
Les politiques et programmes de bénévolat en milieu de travail peuvent également être des outils efficaces de perfectionnement du personnel à tous les niveaux. Étant donné que les compétences acquises ou renforcées dans le secteur bénévole peuvent être également mises à profit au travail, le bénévolat ouvre de nouvelles possibilités en matière de :
Le bénévolat peut se révéler particulièrement efficace pour lentreprise qui veut développer les compétences en leadership de ses employés, ou leur ménager des occasions dacquérir de lexpérience dans la prise de décision et dans le travail déquipe. Le succès dune entreprise repose en grande partie sur la compétence et lengagement de ses employés. Beaucoup dentreprises considèrent leurs employés comme leur ressource la plus importante, une ressource quils doivent gérer efficacement. À notre époque dévolution technologique rapide et de concurrence grandissante, il faut plus que jamais pouvoir compter sur une main-duvre loyale et productive. 3 Appui de lemployeur Lemployeur peut appuyer et encourager les activités bénévoles de ses employés de diverses façons. Les possibilités sont grandes, compte tenu des besoins de lentreprise et de son degré dengagement à légard du bénévolat en milieu de travail. Diverses formules peuvent être choisies de manière à ce quelles se renforcent ou se complètent mutuellement. On peut regrouper en cinq grandes catégories les activités possibles, et dans chacune de ces catégories, on peut puiser des éléments et les combiner à dautres pour dresser la stratégie la meilleure pour telle ou telle entreprise. À certains égards, ces différentes formes dappui peuvent être considérées comme les différents éléments dun grand tout. Le fait de reconnaître que certains employés font du bénévolat et den tenir compte au travail constitue la première forme dappui de lemployeur. Ce genre dappui nest pas nécessairement officialisé dans un énoncé de principe ou une politique. Par exemple, lemployeur peut :
La seconde forme dappui revêt une allure plus officielle. La reconnaissance des employés qui uvrent au sein dorganismes bénévoles et la mise en valeur de leurs activités et réalisations constituent un élément clé de cette forme dappui. Par exemple :
La troisième forme dappui regroupe les pratiques et les politiques qui encouragent activement les employés à faire du bénévolat. Il faut alors établir des lignes directrices, des procédures et des critères divers pour assurer un certain équilibre entre les exigences du travail et les exigences liées aux activités bénévoles des employés. Lemployeur peut :
La quatrième forme dappui suppose que lentreprise collabore activement avec les groupes bénévoles pour encourager les employés à faire du bénévolat. Néanmoins, chaque employé demeure libre de choisir lorganisme et lactivité bénévoles quil préfère. Lentreprise peut :
Dans la cinquième catégorie, les mesures dappui sont de nature très active, le bénévolat étant réalisé sous les auspices de lentreprise qui emploie les bénévoles. Lentreprise devient alors lintermédiaire de lengagement communautaire et fournit une aide directe à un organisme, une activité ou une cause donnés. Selon certaines définitions, il sagit là du véritable «bénévolat dentreprise». Les activités comprises dans cette catégorie sont considérées comme faisant partie de la fonction relations publiques de lentreprise. Elles peuvent être intimement liées au mandat de lentreprise. Comme lappui au bénévolat devient une partie intégrante de la stratégie daffaires de lentreprise, il est déterminé davantage par lentreprise que par les employés. Le plus souvent, lentreprise choisit un certain type de bénévolat et certains organismes, et donne à son engagement une forme très structurée (la coordination du programme de bénévolat est effectuée par du personnel rémunéré). Parmi les activités comprises dans cette catégorie, mentionnons :
le meilleur exemple nous est fourni par les employés qui uvrent pour Centraide pendant leurs heures de travail; ·les projets lancés par lentreprise et réalisés pendant les heures de travail; il sagit de projets sanctionnés par lentreprise ou de causes choisies par un comité et endossées par lentreprise; les projets peuvent être dune durée limitée ou permanents; ·le prêt demployés à un organisme bénévole sanctionné par lentreprise, et ce, aux frais de lemployeur; cet appui sera offert dans un domaine relié aux produits ou services quoffre lentreprise, et se limitera généralement aux cadres et aux professionnels (par exemple, les programmes de détachement de cadres); on y recourt fréquemment pour offrir des affectations de perfectionnement aux employés qui en sont au début ou au milieu de leur carrière, et pour offrir des affectations à long terme à ceux qui sont à un stade intermédiaire ou avancé de leur carrière; pour les employés détachés, il sagit dun engagement professionnel, car ils continuent de rendre compte à lemployeur; Dans le cas de projets sanctionnés par lentreprise, trois formules sont possibles : i)les parrainages : par exemple, Centraide (qui vient au premier rang des activités bénévoles parrainées au Canada), et le parrainage duvres; ii)les projets réalisés en partenariat avec un organisme bénévole : par exemple, les programmes de popote roulante administrés par une entreprise; iii)les projets maison dans lesquels lentreprise sengage seule, cest-à-dire sans la participation dun organisme bénévole, sauf peut-être lorganisme bénéficiaire; cette formule de développement communautaire se rencontre couramment aux États-Unis, où le parrainage décoles et le tutorat de jeunes sur les lieux de travail sont fréquents. 4 Structures de lappui fourni par les employeurs Presque toutes les mesures prises par un employeur pour promouvoir lengagement communautaire chez ses employés auront certaines retombées. Quelle que soit sa forme, lappui manifesté au bénévolat est révélateur de limportance que lemployeur y attache. Certaines publications qualifient de simple «tolérance» le fait quun employeur veuille faciliter les choses aux employés qui font du bénévolat (la première forme dappui évoquée plus haut). Mieux vaut considérer toute forme dappui comme un premier pas important. Lentreprise qui a fait ce premier pas sera plus réceptive à dautres mesures dappui au bénévolat : les fondements dun appui grandissant auront peut-être ainsi été établis. Même si lentreprise elle-même commence à peine à sorienter dans cette direction, bon nombre de ses employés uvrent peut-être déjà comme bénévoles. Les politiques et les pratiques qui visent à encourager et à appuyer le bénévolat des employés diffèrent dune entreprise à lautre. Certaines préféreront agir de façon très structurée et adopter des politiques et des pratiques très détaillées; dautres agiront de façon plus informelle, surtout au début. Certaines des entreprises qui encouragent le plus le bénévolat chez leurs employés nont pas de politiques et de programmes proprement dits dans ce domaine. Dans certains cas, les mesures prises seront déterminées surtout par lorganisme communautaire ou bénévole avec lequel lentreprise collabore; dans dautres, elles sont entièrement déterminées par lentreprise ou par un groupe demployés. Cependant, pour porter fruit, les programmes de bénévolat en milieu de travail doivent tenir compte des appuis possibles et de la forme que prendront ces appuis, selon la culture de lentreprise et les valeurs des gestionnaires et des employés. Il faut donc que lentreprise connaisse bien les opinions et les attitudes de ses employés à tous les niveaux avant de prendre des initiatives dans ce domaine. Elle doit également savoir que certains bénévoles préfèrent rester anonymes et naimeraient pas que lon parle de leurs activités bénévoles à leurs collègues. Lappui donné au bénévolat nest pas toujours structuré de la même façon. Dans certaines entreprises, il est peu structuré et plutôt spontané; dans dautres, il fait lobjet de programmes hautement structurés. Les entreprises qui agissent de façon structurée adoptent lune ou lautre des formules suivantes (ou une combinaison des deux) pour gérer lappui quelles donnent au bénévolat :
5 Facteurs de succès des programmes de bénévolat en milieu de travail Les principaux facteurs de succès des programmes de bénévolat en milieu de travail ressortent de certaines activités réalisées au Canada et ailleurs dans le monde (et notamment des études de cas et autres recherches menées aux États-Unis et au Royaume-Uni). Il nexiste aucune formule magique de succès. Chaque entreprise agit en fonction de ses priorités et de sa culture, selon sa façon à elle de faire des affaires. Puisque lentreprise a tendance à considérer les efforts quelle déploie au profit du bénévolat comme une manifestation de sa personnalité propre, lorganisme bénévole qui peut cerner les besoins et les intérêts de cette entreprise se place dans une situation avantageuse. Lapproche choisie doit tenir compte des besoins et des intérêts de lentreprise et des employés. Chaque entreprise est unique et, même dans une grande entreprise, il se peut que chaque succursale diffère des autres. Ce qui vaut pour lune ne vaut pas nécessairement pour lautre. Lengagement du président-directeur général et des cadres supérieurs, fortement appuyés par les cadres intermédiaires, est primordial. À défaut, les efforts déployés risquent dêtre voués à léchec. Il faut que quelquun de lentreprise, de préférence aux échelons supérieurs, se fasse le champion de la cause. Cependant, si tout repose sur une seule personne, à la longue, lintérêt risque de vaciller dans lentreprise. Cela dit, il est très important que les employés soient les maîtres duvre des activités bénévoles. Il faut donc faire participer des employés de tous les secteurs au choix des orientations à prendre et des appuis à offrir. Il faut aussi donner voix au chapitre aux représentants des associations professionnelles et des syndicats. Par exemple, au moment de déterminer les besoins à combler et les intérêts à satisfaire, lentreprise peut distribuer un bref questionnaire aux employés afin de recueillir leurs idées (de façon anonyme). Voilà également un bon moyen de connaître les activités bénévoles dans lesquelles les employés sont déjà engagés ou souhaiteraient sengager. Lorsque le programme de bénévolat samorce, lentreprise devrait encourager la rétroaction et consulter régulièrement les employés. Les mesures dappui au bénévolat devraient sadresser à tous les employés et non seulement aux cadres et aux professionnels, comme cela sest fait dans de nombreuses entreprises. En principe, il ne faudrait faire aucune distinction entre le temps dun cadre et le temps dune réceptionniste. De plus, lintégration de la «grande famille» de lentreprise (conjoints et enfants des employés, et employés retraités) ne peut que profiter au programme de bénévolat. Certaines étapes sont essentielles dans la planification et la mise sur pied dun programme de bénévolat en milieu de travail. Lentreprise doit dabord :
À mesure que lidée du bénévolat en milieu de travail fait son chemin, lentreprise devrait :
Les liens de lentreprise avec les organismes communautaires seront sans doute plus durables si lentreprise se donne une politique officielle pour orienter ses interventions. Lénoncé de mission de lentreprise, la philosophie de gestion et les rapports annuels pourraient faire mention de lappui que lentreprise sengage à fournir aux activités bénévoles des ses employés. Dans lidéal, le bénévolat des employés et lengagement communautaire de lentreprise devraient être considérés comme un simple volet des affaires courantes et non comme un «projet» ou un «programme» spécial, comme cest encore trop souvent le cas. Il faut pour cela que le concept de bénévolat soit parfaitement intégré à la culture de lentreprise et au processus de prise de décision. (Il y a eu consensus à ce sujet au symposium sur le bénévolat en milieu de travail qui a eu lieu à Calgary en mars 1993.) Lentreprise doit veiller à ce que la participation aux activités bénévoles soit entièrement libre, que ces activités aient été lancées à linitiative des employés ou en coopération avec la direction. En aucun cas les employés ne doivent se sentir enrôlés de force. Il est important de reconnaître quau-delà dun certain point, le travail bénévole nest plus tout à fait affaire de choix personnel pour un employé. Les mesures prises par lemployeur pour encourager le bénévolat peuvent quelquefois sembler contraignantes. (Les organismes bénévoles doivent se rappeler que ce sentiment de contrainte peut nuire au succès du programme de bénévolat de lentreprise.) On peut présumer quil y a contrainte lorsquun employé sengage dans une activité bénévole :
Il faut admettre que limpression de contrainte est subjective et quelle peut varier selon les circonstances et selon la culture de lentreprise. Dans certaines entreprises, les exemples susmentionnés nauraient rien danormal aux yeux des employés alors que dans dautres, on y verrait une forme de coercition préjudiciable au bon moral des employés et à de saines relations de travail.
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