Patrimoine canadien

Le bénévolat

Une valeur traditionnelle au Canada


Janet Lautenschlager

Direction du Soutien aux organismes volontaires

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Table des matières

Avant-propos

  1. L'esprit du bénévolat au Canada :
    une tradition profondément enracinée
  2. L'évolution du bénévolat au Canada :
    un phénomène tout à fait canadien
  3. Le service de l'autre et notre héritage religieux
  4. Au temps de la colonisation :
    du bon voisinage aux premiers organismes bénévoles
  5. Du 18e siècle à la Confédération :
    répondre à des besoins sociaux grandissants
  6. Les premiers organismes ethnoculturels :
    s'aider les uns les autres
  7. Les années 1890 :
    assurer des services essentiels et amorcer la réforme sociale
  8. Le 20e siècle :
    campagne pour le bien-être des enfants et amélioration des services aux citoyens
  9. Les années vingt :
    développement des services sociaux et des organismes de santé
  10. La crise économique :
    répondre à un urgent besoin
  11. Les deux guerres mondiales :
    le rôle essentiel des bénévoles dans le soutien de l'effort de guerre
  12. Les années d'après-guerre :
    nouvelles attentes face au rôle du gouvernement et création de nouveaux organismes bénévoles
  13. Des années soixante aux années quatre-vingt :
    mobilisation en vue d'un changement social et création de nouveaux types d'organismes bénévoles
  14. La diversité culturelle :
    assurer la pleine et entière participation des nouveaux venus à la vie canadienne
  15. De par le monde :
    aider les pays en voie de développement
  16. Lorsque frappe la catastrophe :
    le rôle crucial des bénévoles à l'occasion d'un désastre et en situation d'urgence
  17. Le bénévolat, source de changement :
    à la défense des droits des personnes handicapées
  18. L'action bénévole :
    travailler ensemble pour améliorer la qualité de vie des Canadiens

Sources



Avant-propos

EN 1992, LE BÉNÉVOLAT EST DEVENU UN MODE DE VIE pour bon nombre de Canadiens. L'esprit du bénévolat est ancré dans les traditions et les valeurs des pionniers qui ont bâti ce pays et s'inspire de l'attitude d'entraide et de collaboration qui caractérise nos sociétés autochtones.

Des heures et des heures de bénévolat ont été consacrées à des causes humanitaires au fil des ans, mais il reste encore à inscrire ces efforts dans les pages de l'histoire. Cette brochure est une première ébauche, d'un point de vue historique, du bénévolat au Canada; elle renferme des exemples précis qui illustrent le rôle des bénévoles depuis les premiers temps jusqu'à nos jours. Les activités bénévoles qui sont ici rappelées ne représentent qu'une infime partie du travail considérable des bénévoles canadiens.

Les mots «bénévole» et «bénévolat» n'ont peut-être jamais été employés par certaines des personnes dont on décrit ici les activités. Aujourd'hui, nous utilisons ces mots pour qualifier la participation communautaire d'innombrables Canadiens qui ont décidé de leur propre chef de répondre à un besoin sans se soucier de toucher une rétribution -- des personnes qui ont traduit en action leur sens des responsabilités civiques.

Nous espérons que ce bref historique du bénévolat au Canada permettra à l'ensemble des citoyens de mieux comprendre l'ampleur et la diversité de l'action bénévole en tant que force historique de la société canadienne. Jusqu'à ce jour, les efforts quotidiens des bénévoles au Canada ont permis de répondre à des besoins humains et sociaux incommensurables et témoignent de ce que des citoyens ordinaires peuvent réaliser grâce à leur participation active.

En reconnaissant le rôle des bénévoles d'un point de vue historique, nous espérons rendre plus visible le bénévolat pratiqué de nos jours et lui permettre d'atteindre sa pleine mesure dans les années à venir.



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L'esprit du bénévolat au Canada

Une tradition profondément enracinée

LES CANADIENS ONT UNE LONGUE TRADITION EN MATIÈRE D'ACTION BÉNÉVOLE visant à atteindre les objectifs sociaux. Au fil des ans, le bénévolat a mobilisé une énergie considérable pour assurer le bien commun. Bien que les effets directs du bénévolat se fassent sentir au niveau individuel ou communautaire, l'action cumulative de millions et de millions de citoyens ordinaires de toutes les régions du pays a eu une incidence profonde sur pratiquement chaque aspect de la société canadienne -- et a, en fait, favorisé sa croissance et son développement.

Les bénévoles sont des citoyens ordinaires qui ont choisi de faire leur part pour répondre à un besoin pressant, résoudre un problème ou faire avancer une cause louable. Reconnaissant qu'il existe un besoin particulier dans la société, ils s'efforcent de transposer les idéaux dans la réalité sans songer à en tirer une récompense.

Les traditions qui ont entouré la fondation et l'érection du Canada ont influencé le développement de notre esprit de bénévolat. Tout d'abord au sein des communautés autochtones, puis chez les colons européens et les immigrants en provenance d'autres parties du monde, le travail ardu, l'indépendance et la prise en main de sa vie et de ses actions étaient la règle.

Éparpillés sur un vaste territoire et mis à l'épreuve par un climat souvent rigoureux, les Canadiens ont vite compris les avantages de l'entraide. Les caisses de crédit Desjardins qui ont vu le jour au Québec en 1900, les nombreuses coopératives agricoles créées dans l'Ouest du Canada au début du XXe siècle, le mouvement Antigonish qui a donné naissance à différentes coopératives dans la région de l'Atlantique au cours des années trente prouvent que les Canadiens comptaient les uns sur les autres pour leur survie et leur évolution.

Les Canadiens ont également toujours entretenu un profond sens des responsabilités à l'égard de leurs voisins et se sont toujours préoccupés de tous leurs concitoyens dans le besoin. étant de plus en plus sensibilisés aux répercussions de la pauvreté chronique, de la maladie et des incapacités permanentes, aux crises pouvant résulter de catastrophes naturelles et de situations économiques désastreuses les Canadiens en sont venus à la conclusion que personne ne peut toujours se suffire à soi- même.

Dans notre société moderne, les bénévoles fournissent l'énergie qui anime des milliers d'organismes bénévoles et de groupes communautaires partout au pays. Aujourd'hui, près de 5,6 millions de personnes donnent suite à leurs préoccupations et à leurs intérêts en faisant du travail bénévole pour une multitude d'organismes oeuvrant dans une grande diversité de domaines. En outre, près de 13 millions de Canadiens font du bénévolat sans pour autant appartenir à des groupes structurés.




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L'évolution du bénévolat au Canada

Un phénomène tout à fait canadien

LA PLUPART DES ORGANISMES BÉNÉVOLES ONT ÉTÉ INSPIRÉS par la compassion ou par un sentiment d'injustice. Les 125 dernières années ont vu naître d'innombrables organismes bénévoles dans les domaines des soins de la santé, des services sociaux, et nombre d'autres, dont les fondateurs et les bienfaiteurs, tant aux conseils d'administration que sur la ligne d'action, étaient tous des bénévoles.

Certaines formes de bénévolat organisé ont été adaptées de modèles européens, et, plus tard, de modèles américains, mais d'autres ont été des réponses purement canadiennes à des besoins propres aux Canadiens. Qui plus est, comme expression de nos valeurs sociales particulières, l'évolution du bénévolat et des organismes bénévoles au Canada est unique.

Bon nombre des premières initiatives en soins de la santé et en services sociaux au Canada reviennent à des organismes dirigés par des citoyens animés d'un sens civique. Autrefois, dans la plupart de nos collectivités, c'est l'effort bénévole de citoyens ordinaires, oeuvrant souvent par l'entremise de leurs institutions religieuses ou culturelles, qui a conduit à la création d'orphelinats, d'hôpitaux et de foyers pour les personnes âgées ainsi qu'à la mise sur pied d'organismes de santé et de bien-être qui travaillaient en collaboration avec les familles pour fournir une bonne partie de l'assistance nécessaire.

Lorsque la valeur intrinsèque de ces programmes fut prouvée et que leur soutien financier devint trop lourd pour les seuls philanthropes, le gouvernement (les municipalités d'abord, puis les provinces et, enfin, le gouvernement fédéral) répondit à la demande publique et finit par assumer la responsabilité des aspects essentiels du système de santé et de bien-être.

Les organismes bénévoles sont le reflet de leur époque, et leur r“le dans les services qu'ils assurent aujourd'hui aux citoyens s'est accru et s'est diversifié en conséquence. Même si de nos jours tous les paliers de gouvernement subventionnent une diversité de programmes pour assurer ce qu'on appelle un « au bien-être social», les organismes bénévoles privés demeurent un élément vital et extrêmement visible de l'éventail de programmes et de services sur lesquels comptent les collectivités.

Les bénévoles ont toujours joué un r“le de premier plan dans les domaines du bien-être social, des soins de la santé et de l'aide aux sinistrés, mais leur activité ne se limite pas aux services à leurs concitoyens. Par l'entremise de groupes de défense, les bénévoles ont fa‡onné notre vision d'un ordre social plus juste.

Ils ont aussi été le pivot de notre système politique. De nos jours, ils oeuvrent activement dans des domaines tels que les sports et les loisirs, les arts et la culture, l'éducation et la formation ainsi que la protection de l'environnement.




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Le service de l'autre et notre héritage religieux

NOTRE TRADITION D'AIDE À NOS VOISINS ET À NOS CONCITOYENS DÉCOULE, du moins en partie, du concept de l'amour du prochain et de la vertu morale de charité. En d'autres termes, une personne favorisée par le sort a la responsabilité d'aider les moins fortunés. Ces valeurs étaient véhiculées par nos communautés autochtones, par les premiers colons animés d'une foi chrétienne et par les membres de presque toutes les religions qui se sont implantées au Canada par la suite.

Ainsi, les Noirs qui sont venus se réfugier au Canada au milieu du 19e siècle ont institué des congrégations pour aider leurs congénères à s'établir ici. En plus d'un réconfort spirituel, les premières églises noires offraient vêtement, nourriture, abri et sécurité. Les esclaves en fuite bénéficièrent également de groupements religieux, canadiens comme américains.

La plupart des premiers services sociaux structurés ont été mis sur pied par les églises. Cette tradition se fait encore particulièrement sentir au Québec où l'église catholique romaine assurait toujours un large éventail de services élémentaires en matière de santé et de bien-être social dans les années soixante.

Même si bon nombre de programmes et de services parrainés à l'origine par des organismes religieux sont maintenant subventionnés par l'état, de nombreux autres demeurent solidement en place. Collectivement, ces programmes jouent un rôle important dans la structure contemporaine des services sociaux.

Un exemple bien connu de cela est l'Armée du Salut qui vient en aide aux contrevenants à la loi, aux hommes et aux femmes sans abri, aux mères célibataires et aux alcooliques. Les programmes qu'offre cet organisme ont souvent été les seuls du genre dans certaines régions du pays. Presque chaque diocèse de l'église catholique romaine au Canada compte encore un directeur des œuvres de bienfaisance de qui relève tout un réseau de services.

De même, les juifs, les protestants et de nombreuses autres organisations religieuses maintiennent des programmes qui offrent des services sociaux particuliers. Aujourd'hui, bon nombre de collectivités canadiennes comptent encore des hôpitaux, des résidences pour enfants ou personnes âgées ainsi que des institutions et des services qui sont sous les auspices de groupes religieux.

Pratiquement tous les groupes religieux structurés ont jugé qu'il était de leur devoir de favoriser l'implantation de services à l'intention des démunis et de pourvoir à ces services. Croyant à la dignité et à la valeur de chaque être humain, les organismes religieux ont été des chefs de file et des bâtisseurs dans le domaine du bien-être social et des services de santé au Canada.

Ces organismes religieux ont aussi sans aucun doute influencé les attitudes des personnes et de la société à l'égard du bien-être social et des soins de la santé, et ont suscité des efforts en matière de réforme sociale au fil des ans.




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Au temps de la colonisation

Du bon voisinage aux premiers organismes bénévoles

DANS LES PREMIERS TEMPS DE LA COLONISATION DU CANADA PAR LES EUROPÉENS, les autochtones ont appris aux pionniers à survivre dans leur nouveau pays au climat rigoureux. Ils leur ont enseigné à fouiller dans la forêt pour trouver de la nourriture, à ériger des abris, à construire des canots et à pagayer, à se déplacer en raquettes et à traiter des maladies telles que le scorbut. Ils leur ont en outre fait découvrir de nouvelles plantes comme le maïs, la citrouille, la courge et le haricot qui devinrent rapidement l'essentiel de leur alimentation.

Lorsque les pionniers s'efforçaient de s'adapter à leur nouvelle vie, les familles dépendaient les unes des autres pour survivre et prospérer. Les gens s'entraidaient facilement en périodes de besoin. Cet esprit d'assistance mutuelle était essentiel pour lutter contre les étendues sauvages et les rigueurs du long hiver canadien et pour contrer l'isolement social.

Dans cette tradition de coopération, les fermiers du voisinage conjuguaient souvent leurs efforts pour accomplir le travail essentiel comme le déboisement, la construction des maisons et des granges, les récoltes, la confection des courtepointes et le filage de la laine pour confectionner les vêtements. Ces relations «'aide» ont aussi été à l'origine de ce que nous appelons le sentiment communautaire. Au fur et à mesure de l'arrivée des colons dans une région, la collaboration spontanée en vue d'atteindre des buts communs se poursuivait et des organismes bénévoles commencèrent à se former.

(Un modèle semblable d'entraide s'est développé lorsque les premiers colons commencèrent à se diriger vers l'Ouest canadien à la fin du 19e siècle.)

En 1688, la ville de Québec connut une crise importante lorsque ses habitants qui avaient perdu tous leurs biens dans un grand incendie quelques années plus tôt vinrent grossir les rangs des indigents. Se préoccupant de leurs voisins moins fortunés et alarmés par le nombre croissant de mendiants dans les rues, des citoyens de Québec empreints de civisme prirent des mesures pour répondre aux besoins des pauvres.

Ils créèrent ce qui fut probablement le premier organisme bénévole au Canada. Connu sous le nom de Bureau des Pauvres, cet organisme était administré par un conseil de direction composé de bénévoles (surtout des marchands prospères), dirigé également par des bénévoles et subventionné par des dons provenant de la collectivité. Argent, nourriture et vêtements étaient recueillis dans des boîtes à cet effet placées un peu partout dans la ville et lors d'une sollicitation mensuelle de porte à porte.

Le Bureau des Pauvres apportait du secours de toute nature non seulement aux habitants de la ville mais aussi aux gens de l'extérieur et aux itinérants. Les personnes âgées, handicapées et malades y trouvaient nourriture, argent et, dans la mesure du possible, un endroit où vivre. Si les personnes pauvres et sans emploi étaient incapables de trouver du travail, on leur donnait les outils nécessaires pour continuer de pratiquer leur métier ainsi que de la nourriture, des vêtements et un logement, jusqu'à ce qu'elles se remettent en selle. Fait marquant de l'histoire du bénévolat au Canada, cet organisme communautaire a oeuvré jusqu'au début du 18e siècle, époque où les oeuvres de bienfaisance religieuses prirent la relève.

Il existait également en Nouvelle-France, à la fin du 17e siècle, des exemples remarquables de fondations charitables mises sur pied par les communautés religieuses de l'église catholique romaine dans les deux grandes villes de la colonie.

L'Hôtel Dieu, fondé à Québec en 1658, a assuré des services essentiels aux habitants de la ville et de la région environnante au cours du siècle qui a suivi en apportant aide et soulagement aux malades, aux blessés et aux victimes de la peste.

Une institution semblable fut créée quelques années plus tard à Montréal. En effet, en 1688, on fonda La Maison de la Providence pour y accueillir les jeunes filles de familles très pauvres, à qui l'on donnait soins et éducation, et pour assister les malades et les personnes âgées.

De même, l'Hôpital général de Québec, à l'exemple de celui de Paris, fut créé en 1693 pour y accueillir les malades, les personnes âgées et les indigents, et pour y enseigner les techniques d'un métier aux démunis.




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Du 18e siècle à la Confédération

Répondre à des besoins sociaux grandissants

AU 18e SIÈCLE (PUIS AU 19E ET AU 20E SIÈCLES), l'aide aux malades et aux pauvres à Québec venait de sources privées. Il s'agissait surtout d'organismes de charité associés à l'église catholique romaine : les paroisses, les communautés religieuses (par exemple, les Soeurs grises et les Soeurs de la Providence, communautés fondées au milieu du 19e siècle), et des groupes laïques (par exemple, la société Saint-Vincent-de- Paul).

L'aide gouvernementale directe était pratiquement inexistante. Des dons modestes venaient toutefois encourager le travail des institutions charitables comme les hôpitaux, les orphelinats et, plus tard, les écoles pour enfants handicapés, les hôpitaux pour malades mentaux et les résidences pour personnes âgées.

Partout au Québec, les bénévoles des organismes de charité ont aidé les démunis de bien des façons. Ils leur ont apporté nourriture et bois de chauffage, ont organisé des soupes populaires et mis sur pied des dépôts de vêtements, de meubles et d'outils; ils ont visité les malades et les handicapés en institution et à la maison; ils ont aidé les chômeurs à trouver du travail.

Les bénévoles sont également venus en aide aux veuves et aux orphelins dans le besoin à la suite d'épidémies tragiques comme celles du choléra en 1832 et en 1849, et celle de la typhoïde en 1847.

La société Saint-Vincent-de-Paul, organisation laïque de bénévoles de confession catholique romaine d'abord mise sur pied en France, a vu le jour à Québec en 1846, puis à Montréal en 1848. En 1870, la société Saint-Vincent-de-Paul était présente partout au Québec et venait en aide à une partie importante de la population.

Le mouvement s'est ensuite étendu à d'autres régions du Canada. Même si la société Saint-Vincent-de-Paul oeuvrait dans les paroisses, elle fut créée pour venir en aide à tous les citoyens démunis peu importe leurs croyances religieuses. à cette époque, comme aujourd'hui, les bénévoles dirigeaient des dépôts de vêtements, aidaient les personnes dans le besoin à trouver du travail, assuraient un soutien affectif aux malades ou aux handicapés grâce à des visites amicales et offraient de l'aide sous bien d'autres formes. Avec le temps, la Saint-Vincent-de-Paul s'est fixé un autre but important : prôner la justice sociale en attirant l'attention sur les problèmes des défavorisés.

Dans les Maritimes, la Nouvelle-écosse et le Nouveau-Brunswick ont emprunté aux Anglais les Poor Laws dès le milieu du 18e siècle. Remontant à l'époque élisabéthaine, ce système mandatait des institutions subventionnées par l'état telles que les maisons d'industrie pour familles pauvres et orphelins pour qu'elles s'occupent des enfants sans famille ou abandonnés.

En Ontario où il n'existait pas de Poor Laws, l'aide aux malades et aux démunis demeura essentiellement une responsabilité individuelle jusqu'au milieu du 19e siècle. Le bien-être des démunis dépendait dans une large mesure du bon vouloir des amis et de la famille et des dons versés par les riches citoyens. Les municipalités n'assuraient qu'une aide sporadique et très limitée en périodes d'extrême urgence.

Lorsque les premiers programmes de bien-être social ont été mis en place en Ontario dans la deuxième moitié du 19e siècle, le gouvernement provincial commença d'assumer une certaine responsabilité à l'égard des personnes malades et âgées et des femmes nécessiteuses ayant des enfants à leur charge. Cependant, l'aide n'était accordée que dans de très strictes conditions. Les seules institutions subventionnées par l'état étaient les orphelinats et les asiles qui accueillaient les malades mentaux ou les déficients intellectuels.

Dès les premières décennies du 19e siècle, les organismes de charité venant en aide aux malades et aux démunis se multiplièrent dans les agglomérations canadiennes. Ces «étés bénévoles» répondaient aux besoins sociaux grandissants qui découlaient, en partie, d'un afflux d'immigrants européens démunis. Souvent rattaché à des organismes religieux, ce bénévolat organisé était plutôt calqué sur des modèles européens contemporains d'oeuvres de bienfaisance privées.

Par exemple, la Quebec Friendly Society fut créée en 1870, suivie quelques années plus tard par la Ladies' Benevolent Society of Montreal dont l'objectif premier était d'aider les veuves dans le besoin à élever leurs enfants. à Halifax, la Poor Man's Friend Society fut créée en 1820 sous l'impulsion d'un groupe d'hommes d'affaires de l'endroit. Les bénévoles de cette société visitaient régulièrement les citoyens pauvres, malades ou handicapés, leur offraient une aide monétaire et leur fournissaient, en hiver, pommes de terre et bois de chauffage.

à l'époque de la Confédération en 1867, la population des quatre provinces fondatrices avait substantiellement augmenté en raison de l'accroissement du nombre d'immigrants européens et d'un afflux de Loyalistes d'origines diverses venant des colonies américaines.

L'urbanisation grandissante entraînait de nouveaux problèmes sociaux et, avec l'augmentation de la pauvreté chronique, les conditions de vie de bon nombre de familles se détérioraient. La situation lamentable des défavorisés, notamment les enfants, retenait de plus en plus l'attention.

Le bénévolat structuré dans des domaines se rattachant au bien-être social continua après 1867 d'être ce qu'il était avant la Confédération, puis proliféra dans la dernière décennie du 19e siècle.

Au fur et à mesure de la conquête de l'Ouest, on créa des organismes de bienfaisance pour répondre aux besoins locaux. Bon nombre d'entre eux avaient pour but de venir en aide aux membres de certains groupes ethnoculturels. à Winnipeg, par exemple, les Juifs fondèrent la Hebrew Benevolent Society pour aider les colons pauvres, payer des billets de chemin de fer aux familles nécessiteuses qui voulaient s'établir ailleurs, et trouver du travail aux immigrants récemment arrivés.

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    Dernière révision : 1998/11/22
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