PONTS DÉBOUCHANT
SUR L'AVENIR :
des programmes
d'appui aux bénévoles
qui ont des besoins spéciaux
Janet Lautenschlager
Direction du Soutien aux organismes bénévoles
Ottawa
septembre 1992
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TABLE DES MATIÈRES
Remerciements
Avant-propos
1 Concept d'appui aux bénévoles qui ont des besoins
spéciaux
2 Soutien organisationnel nécessaire pour les programmes d'appui
aux bénévoles
3 Gestion des bénévoles qui ont des besoins
spéciaux
4 Questions, préoccupations et défis
5 Orientations futures
Annexes
A Cas de programmes d'appui aux
bénévoles au Canada
B Note portant sur la terminologie
C Le maillon manquant du bénévolat
appuyé : les bénévoles ayant des handicaps sur le plan de
l'apprentissage
D Aménagements au travail : services qui
peuvent aider les organismes
Ressources
Je me dois de souligner tout particulièrement la gratitude que j'ai
envers deux personnes qui ont agi à titre de conseillères
primaires dans la mise au point du projet, savoir Linda Graff,
consultante de Hamilton pour les questions de bénévolat, et
Marianne Scott, directrice exécutive du Volunteer Action Centre
d'Edmonton.
Je me dois également de remercier les personnes dont les noms sont
présentés ci-dessous qui sont parvenues à trouver le
temps, en dépit de leur horaire très chargé, de
transmettre leurs commentaires critiques au sujet des diverses ébauches
du texte et de me faire part de leurs opinions concernant le soutien aux
bénévoles ayant des besoins spéciaux :
Alan Currie et Jean MacKinnon du Victoria Volunteer Bureau,
Charles McCaffray, de Challenge : Community Vocational Alternative de
Whitehorse; Kathy Strachan de l'Independent Living Resource Centre de
Winnipeg; Linda Western et Sheila Donison du Coquitlam Volunteer
Centre; Gilda Good, Michèle Pagé et Igor Ziemba du
Centre d'action bénévole Ottawa-Carleton;Michelle
Provost du Bureau des bénévoles de Montréal; Carol
Biely, du Richmond Information and Volunteer Centre; Martha Parker
et Keith Seel, du Volunteer Centre de Calgary; Ruth Anderson, du
Glenrose Rehabilitation Hospital d'Edmonton; Doris Noel et Tracy
Manrell du Burnaby Volunteer Centre; Joanne Cooper et Syrelle
Bernstein, du Volunteer Centre of Metropolitan Toronto; Sandra
Murphy et Leigh Thorne, du Volunteer Centre du Community Services
Council de St-Jean (Terre-Neuve); Dale Cuthbertson, de Volunteer
Vancouver; Alex Honneyford, du ministère des Services sociaux et
communautaires de l'Ontario; Barbara Robertson, de l'Office des affaires
des personnes handicapées du Gouvernement de l'Ontario; Seymore
Applebaum, de Cross-Cultural Connections de Toronto; et Bruce Lund,
du Bureau du district de Victoria du Secrétariat d'État du
Canada.
Sans l'aide généreuse apportée par toutes ces
personnes, je n'aurais pu terminer le présent texte.
Les programmes d'appui aux bénévoles se répandent de
plus en plus. L'objectif consiste à favoriser l'intégration des
bénévoles qui ont des besoins spéciaux de façon
à leur offrir l'appui dont ils ont besoin pour assumer avec
succès des tâches de bénévoles. Cette nouvelle
évolution remarquable est stimulée par un certain nombre de
centres d'action bénévole dans tout le pays.
Étant donné le besoin sans cesse croissant de
bénévoles, il est essentiel que les organismes du domaine
recherchent de nouvelles façons d'en attirer chez eux. Les programmes
d'appui constituent une façon innovatrice de faire contribuer les
diverses ressources humaines de la collectivité tout en rendant
accessibles les occasions qui peuvent s'offrir aux bénévoles
ayant des besoins spéciaux.
Traditionnellement, les organismes avaient tendance à recruter des
bénévoles appartenant aux classes moyennes et supérieures
de la population blanche sans aucune invalidité. Il s'est toutefois
produit des changements ces dernières années.
On accepte maintenant de plus en plus la nécessité d'amener
les bénévoles ayant des besoins spéciaux, et dont les
antécédents sont divers, à s'impliquer dans le
bénévolat au même titre que ceux qui le pratique
habituellement. Il reste cependant encore des obstacles à la
participation des individus qui ont des besoins spéciaux étant
donné leur invalidité ou les circonstances qui sont à leur
détriment.
Le texte aborde le concept du bénévolat appuyé, examine
les facteurs de succès de programmes d'appui aux bénévoles
qui ont des besoins spéciaux, aborde les questions fondamentales et les
défis en ce qui concerne le bénévolat appuyé. Il
donne également un bref aperçu des programmes innovateurs mis en
uvre à titre expérimental par des centres d'action
bénévole canadiens, ainsi que la liste des principales ressources
dans ce domaine.
La clientèle cible recherchée est avant tout celle des centres
d'action bénévole, mais il est à espérer que le
texte sera également utile à d'autres organismes
bénévoles et aux ministères gouvernementaux de tous les
paliers qui s'intéressent aux services sociaux ainsi qu'aux questions
d'égalité.
Les programmes d'appui aux bénévoles constituent à la
fois un défi et une occasion d'élargir la participation au
secteur du bénévolat. Les bénévoles ayant des
besoins spéciaux exigeront peut-être un appui spécial au
début, mais ils peuvent apporter une richesse de compétences, de
connaissances et d'expérience à leur travail. Nous
espérons que les renseignements contenus dans le document inciteront un
plus grand nombre d'organismes à adopter cette orientation.
* * *
Remarque concernant la terminologie
L'expression bénévole ayant des besoins spéciaux,
que j'ai utilisée dans mon texte, désigne non seulement les
personnes handicapées qui sont habituellement visées par
l'expresssion, mais également les personnes désavantagées,
dans leur rôle de bénévole, étant donné les
circonstances de leur vie. Les facteurs qui les défavorisent peuvent
comprendre la pauvreté, l'analphabétisme, le manque de
connaissance d'une langue officielle du pays, ou la discrimination pour des
motifs raciaux ou ethniques.
L'élément essentiel de toutes ces analyses tient non pas
aux éléments négatifs, mais au fait qu'il nuit aux
personnes désavantagées dans les efforts qu'elles font à
titre de bénévoles.
J'utilise les termes programme d'appui [aux bénévoles
qui ont/ayant des besoins spéciaux] et programme appuyé
pour désigner un programme pour lequel l'organisme parrainant offre du
soutien technique, financier, ou sous forme de services de gestion, au profit
des bénévoles ayant des besoins spéciaux ou des
responsables des programmes auxquels ces bénévoles
participent.
La terminologie est examinée plus en profondeur à l'annexe
B du présent texte.
LE CONCEPT
D'APPUI AUX BÉNÉVOLES
QUI ONT DES BESOINS SPÉCIAUX
Le texte porte principalement sur les programmes officiels établis
avant tout pour accroître la participation des bénévoles
qui ont des besoins spéciaux. Il faut toutefois reconnaître qu'un
grand nombre de centres de bénévoles et d'autres organismes
apportent déjà une aide semblable de manière officieuse
à différents bénévoles.
Programmes d'appui aux bénévoles : définition et
justification
Divers programmes institués au pays font la promotion de la
participation de bénévoles appartenant à des groupes
particuliers de la population. Les initiatives à l'intention des
personnes âgées ou des jeunes, par exemple, comptent parmi les
plus populaires. Par définition, les programmes du genre impliquent le
recrutement actif et le ciblage au lieu de la simple réponse à
une demande, comme c'est le cas habituellement.
Les programmes d'appui aux bénévoles ont pour objet de faire
participer les gens qui ont des besoins spéciaux à cause de
différents handicaps ou de circonstances à leur détriment,
et de maintenir leur participation dans le domaine du bénévolat.
Comme dans le cas des autres programmes spéciaux, les programmes d'appui
aux bénévoles constituent un effort délibéré
en vue de recruter des bénévoles appartenant à des groupes
cibles sous-représentés. Les programmes d'appui comportent
toutefois une dimension supplémentaire qui est déterminante :
des dispositions spéciales en vue du placement des
bénévoles et de l'appui à leur intention une fois le
placement effectué. L'appui peut également s'étendre
aux gestionnaires responsables des bénévoles.
Dans les programmes d'appui, il faut faire un effort concerté afin
d'aider les bénévoles qui ont des besoins spéciaux
étant donné les handicaps ou les circonstances
défavorables sur le plan social ou économique, de façon
qu'ils puissent offrir le meilleur rendement possible. Afin que la chose puisse
se produire, il faut au préalable relever et supprimer les obstacles
à leur participation et réaliser des aménagements
appropriés afin qu'ils puissent obtenir du succès comme
bénévoles. Le résultat prend la forme d'un milieu propice
où l'accent est mis sur les aptitudes plutôt que sur les
difficultés.
Deux principes fondamentaux sous-tendent le concept d'appui aux
bénévoles :
- personne ne doit se voir refuser l'occasion de faire du
bénévolat pour des motifs non reliés aux aptitudes;
- les personnes qui ont des besoins spéciaux ont beaucoup à
offrir dans le secteur du bénévolat, dont elles peuvent
également tirer un grand profit.
La population cible d'un programme d'appui aux bénévoles peut
comprendre :
- les personnes handicapées (il est évidemment entendu que ce
ne sont pas toutes les personnes handicapées qui ont besoin d'un soutien
spécial);
- les personnes nouvellement arrivées au Canada qui ont des
antécédents ethniques différents et qui ne parlent pas
encore couramment la langue officielle de la collectivité;
- les personnes qui ont des difficultés sur le plan de
l'alphabétisation et des capacités de calcul;
- les personnes désavantagées du fait de leurs
antécédents sociaux ou économiques (par exemple, celles
qui sont en chômage chronique).
Il y a évidemment des différences énormes entre les
groupes de personnes qui ont des besoins spéciaux et à
l'intérieur même de ces groupes. À titre d'exemple, le
placement et l'appui requis pour intégrer une personne handicapée
diffèrent grandement de ce qu'il faut faire pour le nouveau venu qui a
du mal à maîtriser l'anglais ou le français. De la
même façon, la personne malentendante a des besoins fort
différents de ceux de la personne qui a un handicap sur le plan
intellectuel. Par delà ces considérations, la nature
précise et l'incidence du besoin spécial peuvent varier
énormément d'un individu à l'autre.
L'appui aux bénévoles qui ont des besoins spéciaux peut
prendre bien des formes différentes selon le groupe-cible du programme
et les besoins de l'individu. La gamme des possibilités d'appui
(aménagements au travail) comprend :
- l'orientation et la formation individualisées;
- le supplément d'aide et d'encouragement;
- la souplesse des horaires de travail;
- l'information dans les médias de remplacement;
- les aides techniques;
- l'accessibilité matérielle au milieu de travail et à
l'intérieur de ce dernier;
- l'adaptation du poste de façon qu'il convienne à l'individu.
Chez certaines personnes, l'appui peut n'exiger qu'une simple aide technique
comme un amplificateur d'appareil téléphonique. Dans d'autres
cas, il peut falloir apporter une formation personnalisée et un
supplément d'orientation au départ. Il est également
possible qu'il faille apporter un soutien plus complexe afin d'assurer le
succès. Les formules retenues peuvent comprendre la souplesse dans
l'affectation des tâches, le prolongement des périodes de
formation, l'orientation permanente et peut-être même le jumelage
avec une autre personne agissant à titre de compagnon ou de conseiller.
Il faut toujours prendre soin de s'assurer que le placement convienne aux
aptitudes et aux intérêts du bénévole. Parfois, il
faut sensibiliser les compagnons de travail, qu'ils soient
bénévoles ou membres du personnel, aux besoins spéciaux du
bénévole assisté (avec l'assentiment de ce dernier). Dans
tous les cas, le gestionnaire ou le superviseur doit posséder les
connaissances, la souplesse voulue et les aptitudes qu'il faut pour
établir la correspondance entre le bénévole et le poste
à occuper.
Les programmes d'appui aux bénévoles correspondent à
des moyens efficaces d'assurer un accès plus juste aux occasions de
bénévolat. Ils sont reliés au concept
d'équité en matière d'emploi en ce sens que le but ultime
consiste à former un effectif de bénévoles au sein duquel
la proportion de membres des divers groupes-cibles se compare à celle de
leur représentation numérique au sein de la
société.
L'appui aux bénévoles compte également sur des formules
semblables à celles des programmes évolutifs qui ont
commencé à être mis en uvre en vue d'apporter aide et
appui aux employés qui ont des besoins spéciaux en raison de leur
invalidité.
Dans un sens, les programmes d'appui aux bénévoles peuvent
être considérés tant comme un service social qu'un
élément catalyseur de changement social en eux-mêmes. Du
fait qu'ils offrent aux personnes ayant des besoins spéciaux l'occasion
de participer à titre de bénévoles et de tirer profit des
avantages que peut offrir le bénévolat, les programmes du genre
font la promotion de l'égalité sociale.
Comme ils offrent une possibilité d'intégration à la
société, les programmes peuvent aider à faire tomber les
stéréotypes et les préjugés qui ont une incidence
négative sur tous les aspects de la vie des Canadiens qui ont des
besoins spéciaux.
Appui aux bénévoles : fondement
philosophique
Les programmes d'appui aux bénévoles qui ont des besoins
spéciaux reposent sur les principes suivants :
- droit universel de faire du bénévolat
définition élargie du bénévolat qui assume que tous
les gens sont des bénévoles en puissance et que tous ceux qui
peuvent apporter une contribution à la collectivité doivent
être encouragés à devenir des bénévoles.
- égalité dans la société et
égalité des chances croyance fondamentale selon
laquelle tous les gens devraient avoir accès aux avantages du
bénévolat, et ce à titre d'élément
fondamental de la vie au Canada, croyance également que tous ont droit
à une chance équitable de succès dans leur travail de
bénévole. Les obstacles qui nuisent à
l'équité de l'accessibilité au bénévolat
doivent être éliminés. Les bénévoles qui ont
des besoins spéciaux doivent bénéficier des genres d'appui
dont ils ont besoin pour faire le travail.
- valeur positive de la diversité compréhension
du fait que la diversité de la collectivité représente un
enrichissement des ressources dont il est possible de tirer profit de diverses
façons et qui est susceptible d'offrir une base de
bénévoles qui reflétera plus fidèlement la
composition de la population de la collectivité; reconnaissance du fait
que la diversité et la représentativité de la base de
bénévoles enrichissent et raffermissent l'organisme.
- le bénévolat apporte des avantages aux
bénévoles reconnaissance du fait que les
bénévoles eux-mêmes tirent profit de bien des façons
de leur bénévolat; le bénévolat peut satisfaire des
besoins inassouvis des bénévoles eux-mêmes et c'est ce qui
se produit dans la réalité; le perfectionnement des connaissances
et des aptitudes se trouve donc favorisé activement de cette
façon.
- sensibilisation aux différences entre les individus
reconnaissance du fait que le traitement équitable de tous ne signifie
pas forcément le traitement uniforme.
Obstacles au bénévolat que doivent
affronter les individus ayant des besoins spéciaux
Les personnes handicapées ou qui se trouvent dans des circonstances
particulières font face à divers obstacles (même si ces
derniers ne sont habituellement pas intentionnels) qui, depuis toujours, ont
empêché ou limité leur accès au
bénévolat et à un grand nombre d'autres aspects de la
société également.
En outre, les systèmes d'appui appropriés qui rendraient
possible l'expérience de bénévolat aux personnes qui ont
des besoins spéciaux n'existent habituellement pas encore dans le
secteur du bénévolat.
Chaque groupe ayant des besoins spéciaux rencontre des obstacles
à la participation au travail de bénévole qui
découlent de facteurs externes :
- Dans le cas de personnes dont la mobilité est
réduite, les obstacles matériels prennent la forme de
l'inaccessibilité au lieu de travail des bénévoles et
à l'intérieur de ce dernier, de même que le besoin de
dispositions spéciales en ce qui concerne le transport.
- Dans le cas des personnes qui ont des handicaps au plan auditif,
les obstacles découlent de l'absence d'interprètes gestuels ou
d'une technologie des communications appropriée dans le lieu de travail
des bénévoles, sans compter l'ignorance des autres en ce qui
concerne l'efficacité des techniques de communication.
- Dans le cas des personnes qui ont des handicaps au plan visuel, les
obstacles à la communication résultent du manque d'accès
à l'information dans les médias de remplacement et d'une
technologie inappropriée des communications.
- Dans le cas des personnes qui ont des handicaps au plan de la
santé mentale, l'obstacle majeur tient à la stigmatisation et
aux stéréotypes de la société qui mettent l'accent
sur leurs difficultés sans tenir compte de leurs compétences et
de leurs aptitudes.
- Dans le cas des personnes qui ont des handicaps au plan
intellectuel, un obstacle majeur tient aux préjugés et au
défaut des autres personnes de comprendre qu'elles ont bien des
aptitudes utiles à offrir.
- Dans le cas des personnes qui ont des difficultés
d'apprentissage, l'obstacle principal tient au manque de
compréhension des autres quant à la nature des carences
d'apprentissage en particulier, et au manque de sensibilisation sur la
façon de les compenser.
- Dans le cas des nouveaux arrivants au Canada, l'obstacle pourrait
bien être la compétence limitée dans la langue du groupe
majoritaire de la population, et une connaissance insuffisante de la
société canadienne ainsi que de ses coutumes.
- Dans le cas des personnes qui appartiennent aux collectivités
ethniques et aux minorités visibles, il y a les obstacles de la
ségrégation sociale et de la discrimination structurelle qui
découlent d'un manque de compréhension et d'acceptation de
traditions culturelles différentes, ou du racisme.
- Dans le cas des personnes handicapées du fait de leur situation
économique ou sociale, les obstacles pourraient bien être des
carences au plan de l'alphabétisation ou de la façon de compter,
de la scolarisation, des qualifications pertinentes ou de l'expérience
antérieure.
- Dans le cas des ex-détenus, les obstacles comprennent les
stéréotypes négatifs, peu importe la nature de
l'infraction.
- Dans le cas des travailleurs spécialisés en chômage
saisonnier, l'obstacle pourrait bien être le manque d'occasions
d'assumer des affectations bénévoles à court terme.
Obstacles liés aux aspects sociaux et aux attitudes
Le plus grand obstacle à l'intégration des personnes qui
ont des besoins spéciaux est l'attitude du public. Dans un trop
grand nombre de cas, l'attention porte principalement sur l'incapacité
ou sur la difficulté. Il existe également une tendance
répandue qui consiste à oublier les aptitudes, les
compétences et les points forts et à présumer le pire. En
dépit du fait qu'elle repose sur des mythes et des conceptions fausses,
la discrimination demeure profondément ancrée dans notre
société.
Les attitudes et les stéréotypes sont des processus
psychologiques complexes. Ils sont caractérisés par des
éléments émotifs, intellectuels et comportementaux. Il
s'est développé avec le temps des ensembles d'idées fixes
qui résistent résolument au changement. La plupart d'entre nous
adoptons des attitudes stéréotypées à
l'égard de groupes particuliers de personnes, même si nous ne
faisons aucun effort en ce sens. Ces attitudes peuvent être aussi bien
positives que négatives.
Les stéréotypes négatifs appliqués aux individus
différents d'une manière ou de l'autre sont très courants.
Il se peut donc qu'il se manifeste de la réticence dans tout organisme
devant la possibilité d'accepter les bénévoles
«inhabituels». Que ce soit d'une manière consciente ou non, ce
refus d'acceptation de la part des autres peut se traduire par un malaise
évident ou par des attitudes condescendantes à l'égard
d'individus qui ont des besoins spéciaux. Chez certaines personnes,
l'idée même de faire participer des bénévoles qui
ont des besoins spéciaux peut faire ressurgir des préjugés
accentués et fondés sur l'ignorance ainsi que la crainte.
Obstacles sur le plan économique
Dans le cas des individus qui appartiennent à l'un ou l'autre des
groupes mentionnés plus haut, il peut également exister des
facteurs qui, sur le plan économique, les dissuadent de devenir des
bénévoles. Bien souvent, les circonstances ou les besoins
spéciaux qui les touchent ont réduit leurs chances d'obtenir un
emploi ou de toucher un salaire décent. Si leur vie est marquée
constamment par des difficultés économiques, les coûts du
bénévolat deviennent un obstacle majeur à leur
participation. Le fait de devoir payer eux-mêmes les coûts, par
exemple, des déplacements, du stationnement, de la garde des enfants,
des repas et de différents articles constitue une dépense qu'ils
ne peuvent se permettre.
Obstacles d'ordre personnel
En plus des embûches mentionnées plus haut, il existe toute une
gamme d'obstacles psychologiques au bénévolat dans le cas des
personnes qui ont connu des difficultés chroniques à chercher
à assumer des activités par ailleurs jugées normales selon
le mode de vie au Canada. Les obstacles internes en question peuvent comprendre
:
- l'absence de confiance et d'estime de soi;
- l'angoisse suscitée par la possibilité de faire quelque
chose de nouveau, ou la crainte de l'échec dans le travail
bénévole;
- l'incapacité de reconnaître ses propres aptitudes et ses
points forts;
- la présomption de ne pas être bien accueilli ou
apprécié par un organisme bénévole.
Obstacles liés à la sensibilisation
Finalement, les personnes dont les circonstances ou les besoins sont
particuliers, peuvent fort bien ne pas comprendre le concept du
bénévolat en général et du bénévolat
appuyé en particulier. Parmi les exemples de cas du genre, mentionnons :
- le manque de sensibilisation aux occasions et aux avantages que le travail
bénévole peut offrir;
- le manque de sensibilisation au fait que la formation est souvent offerte
aux bénévoles;
- le stéréotype négatif touchant l'amateurisme et le
manque de rigueur du travail bénévole qui n'aurait aucune valeur
réelle dans une société où l'argent est la seule
chose qui compte;
- la perception selon laquelle les programmes d'appui aux
bénévoles visent à combler en réalité un
besoin de relations publiques de l'organisme et que le placement de
bénévoles qui ont des besoins spéciaux n'est que pour la
forme.
Avantages pour le bénévole qui a des
besoins spéciaux
Il a été reconnu il y a longtemps que le
bénévolat offrait bien des avantages qui, sur le plan
psychologique, devenaient des incitations pour le bénévole, qu'il
en soit conscient ou non. En réalité, des études
effectuées récemment ont démontré que le
bénévolat pouvait avoir un effet très positif non
seulement sur la santé mentale et sur le sentiment de bien-être
des bénévoles, mais également sur leur santé
physique.
Le bénévolat satisfait certains des besoins les plus
fondamentaux que nous avons en qualité d'être humain, par exemple,
se sentir productif et apprécié à sa juste valeur. Et
quand il s'agit d'une expérience agréable et valorisante, elle
offre l'occasion d'auto-satisfaction et d'auto-épanouissement qui
découlent de l'exécution de quelque chose de valable. Du fait que
le travail permet d'étendre son réseau de contacts dans la
société et offre l'occasion d'interactions sur le plan humain, il
dissipe également les sentiments d'isolement.
Comme le bénévolat offre la possibilité de mettre
à profit les connaissances et les aptitudes déjà acquises
et de puiser à même son expérience propre, il favorise
l'épanouissement personnel. Il permet également aux gens de
mettre à profit de nouvelles compétences ou d'assumer des
activités dans un milieu moins menaçant.
Bien des personnes qui ont des besoins spéciaux peuvent avoir une
faible estime de soi du fait qu'elles ont été
marginalisées par la société. Dans leur cas, les aspects
positifs du bénévolat peuvent être encore plus grands.
Le bénévolat peut devenir une expérience de
normalisation car il donne la chance d'accroître les contacts dans la
société et rend possible l'intégration au courant
principal de cette dernière.
Il permet aux individus qui ont des besoins spéciaux d'entrer dans
une équipe, d'être acceptés par les homologues et
d'acquérir un sentiment d'appartenance et un esprit communautaire. Il
offre de plus la possibilité d'obtenir la reconnaissance de ceux qui ont
été dans une large mesure marginalisés par la
société.
Comme il confirme la valeur du bénévole aux yeux de la
société et sa capacité d'apporter une contribution
significative à la collectivité, le bénévolat offre
la possibilité d'accroître la confiance et l'estime de soi.
Il peut raffermir le contrôle que l'individu exerce sur sa vie et
l'aider à devenir auto-suffisant, d'où le relèvement du
niveau de capacité d'auto-assistance. De cette façon, le
bénévolat peut devenir un moyen de parvenir à la
responsabilisation personnelle.
Le travail bénévole peut encore devenir le tremplin vers
l'emploi rémunéré ou vers l'élargissement des
horizons de carrière. Il améliore les aptitudes et les
connaissances pratiques, et donne une expérience de travail valable qui
peut aider les gens à déboucher sur le marché du travail
ou à y retourner.
Les avantages en question peuvent revêtir une importance
particulière pour les individus handicapés dont la participation
à la population active a depuis toujours été très
limitée. Un grand nombre d'entre eux sont sans emploi ou sont
sous-employés, et n'ont pas d'accès aux expériences de
travail dont ils ont besoin pour concurrencer à armes égales sur
le marché du travail.
Les programmes dont l'objectif consiste à appuyer les
bénévoles qui ont des besoins spéciaux offrent aux
organismes des avantages qui dépassent largement le sentiment de
satisfaction qui découle des efforts faits en vue de lutter pour
l'équité et l'égalité. Ils peuvent également
enrichir les organismes.
Afin de pouvoir réaliser la conception, la commercialisation et la
prestation de services qui sont appropriés à une
collectivité donnée, il faut obtenir la participation active d'un
large éventail de la population. Quand ils sont exposés à
une gamme élargie d'expériences et d'idées, les organismes
sont susceptibles de prendre de meilleures décisions. Ils ont
également plus de chances de devenir innovateurs et créateurs.
Il est donc avantageux pour les organismes bénévoles d'attirer
des membres d'une tranche beaucoup plus large de la population que par le
passé. (Cela s'applique aux bénéficiaires, au personnel et
aux membres du conseil d'administration ainsi qu'aux bénévoles de
première ligne). Au cours des années 1990, la diversité et
la représentation appropriée de la collectivité peuvent
être encore plus déterminantes pour assurer la survie de
l'organisme.
Les programmes d'appui aux bénévoles représentent une
façon de faire face à ce besoin. Puisqu'ils encouragent la
participation généralisée, les organismes
bénévoles sont en mesure de puiser à même une gamme
élargie de ressources humaines en provenance de tous les secteurs de la
société. Ils sont de cette façon en mesure de constituer
une équipe de bénévoles caractérisée par la
diversité au plan des aptitudes, des antécédents et des
langues. Il en résulte qu'ils peuvent recevoir une rétroaction
valable, générée dans des perspectives fort
différentes.
Les bénévoles handicapés ou ceux qui se trouvent dans
des circonstances particulières peuvent satisfaire certains besoins d'un
organisme qui ne pourraient l'être aussi efficacement par d'autres
moyens. L'équilibre dans la diversité des bénévoles
peut augmenter la compréhension qu'a l'organisme des besoins de ses
clients.
À titre d'exemple, étant donné les expériences
qu'ils ont eux-mêmes connues, les bénévoles ayant des
besoins spéciaux peuvent être tout particulièrement
sensibles aux besoins de certains membres de la collectivité qui ont
été aliénés et négligés. Les anciens
clients d'un organisme deviennent d'excellents bénévoles, soit
pour la prestation des services, l'élaboration des programmes ou la
participation au travail du comité de direction.
Des études ont démontré que les employés
handicapés avaient des dossiers supérieurs à ceux de leurs
collègues non handicapés en ce qui concerne le rendement, les
présences, la stabilité au travail et même la
sécurité. Les programmes d'appui sont relativement nouveaux, mais
les preuves commencent à s'accumuler et portent à croire que la
même chose est vraie des bénévoles.
En général, les organismes signalent que la plupart des
bénévoles qui ont des besoins spéciaux sont très
motivés et travailleurs si on les encourage comme il se doit. Donc,
à condition de leur apporter le soutien dont ils ont besoin, ils peuvent
fort bien passer au rang des bénévoles les plus productifs et les
plus engagés envers le travail de l'organisme à long terme.

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