Patrimoine canadien

Pourquoi

les gens font du bénévolat

Centre d'action bénévole
Ottawa-Carleton
Un rapport à la direction du
Soutien aux organismes volontaires
Multiculturalisme et Citoyenneté Canada
Ottawa
1992

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Table des matières

Introduction

Contexte

Objectifs et méthodes de recherche

Pourquoi les gens font du bénévolat

Conclusions

Participants à l'étude




Introduction

Pourquoi les gens font du bénévolat est une étude qui, au moyen d'anecdotes, jette un nouveau regard sur la motivation des bénévoles et sur leurs causes de satisfaction et d'insatisfaction. Elle cherche à établir des liens entre les résultats de récents sondages nord-américains sur le bénévolat et les expériences de travail des bénévoles. Il s'agit en quelque sorte d'une expérience destinée à nous faire mieux comprendre les raisons qui poussent les gens à faire et à refaire du bénévolat.

Nous espérons qu'elle favorisera la discussion, qu'elle fournira quelques idées neuves en matière de recrutement et de gestion et, qui sait, qu'elle permettra de dégager un grand axe de recherche.

L'étude a été réalisée grâce à l'aide financière de la direction du Soutien aux organismes volontaires de Multiculturalisme et Citoyenneté Canada. Elle repose sur les résultats d'interviews de groupe auprès de 45 bénévoles de divers organismes de la région d'Ottawa-Carleton.

Nous désirons remercier tout particulièrement Marion Porter pour l'aide et l'appui qu'elle nous a apportés.





Contexte

Depuis quelques années, beaucoup d'organismes de santé et de services sociaux ont de plus en plus de mal à trouver suffisamment de bénévoles pour fournir leurs nombreux programmes, surtout pendant le jour. Les contraintes économiques et l'évolution de notre mode de vie et de la composition des familles ont entraîné une baisse du nombre des bénévoles auxquels ces organismes avaient l'habitude de faire appel. Or, à mesure que les gouvernements réduisent leur aide financière aux services sociaux, de santé, de loisirs et autres, on voit s'accroître le nombre des organismes qui dépendent de plus en plus de l'aide bénévole.

On s'arrache les bénévoles

Grâce au perfectionnement des méthodes de recrutement et à l'intensification des efforts, le nombre de personnes qui s'adressent aux services centralisés de recrutement tels que le Centre d'action bénévole Ottawa-Carleton a augmenté ces dernières années. Cependant, même avec des campagnes de recrutement réussies, on ne parvient plus à répondre au besoin grandissant de bénévoles auquel font face désormais les organismes, au point que ces derniers s'arrachent littéralement les candidats.

Une ressource limitée qu'il faut bien gérer

Plus que jamais, il importe d'améliorer notre façon de gérer cette ressource aussi rare que précieuse. Les organismes qui dépendent des bénévoles doivent à tout prix retenir ceux qui travaillent déjà pour eux et trouver des façons de rendre les tâches à accomplir suffisamment intéressantes pour en attirer de nouveaux.

Il n'y a pas meilleur recruteur qu'un bénévole satisfait

L'organisme qui confie à ses bénévoles des tâches profondément satisfaisantes fait bien plus que les conserver à son service. Selon plusieurs sondages, les meilleurs agents de recrutement sont les bénévoles qui font part à leur entourage de leurs expériences enrichissantes. De récents sondages ont révélé que la plupart des personnes qui s'adonnent au bénévolat avaient été mises au courant de ce genre d'activité par le bouche à oreille. Environ 40 p. 100 des bénévoles ont commencé à faire ce genre de travail parce que quelqu'un le leur avait demandé, alors que plus de 25 p. 100 d'entre eux en avaient entendu parler par un parent ou un ami qui faisait déjà du bénévolat. Moins de 20 p. 100 des bénévoles songent d'eux-mêmes à se livrer à ce genre d'activité. On peut donc voir dans chaque bénévole satisfait un recruteur potentiel.

La question qui se pose alors est la suivante : comment tirer pleinement profit de cette ressource? Comment transformer un bénévole satisfait en recruteur?

La plupart des bénévoles sont satisfaits de leur engagement

L'enquête auprès des bénévoles effectuée en 1987 par Statistique Canada pour le compte du Secrétariat d'État nous a appris que dans l'ensemble, les Canadiens qui font du bénévolat sont satisfaits de leur engagement. Depuis, d'autres recherches ont permis de dégager une longue liste de facteurs de motivation pour les bénévoles, allant du désir de se rendre utiles à celui d'acquérir des compétentes ou d'atteindre un objectif personnel.

Découvrir ce qui attire les bénévoles et soutient leur engagement

La plupart des recherches qui ont été faites jusqu'à présent sur des questions liées à la gestion des bénévoles traitaient de la motivation et de la satisfaction de ces derniers, mais sous forme de sondage. Les résultats se rapportent donc à des questions précises, prédéterminées, et sont limités par le type de questionnaire. Cette méthode de recherche permet d'obtenir de bonnes données statistiques mais pas de faire le lien, essentiel, avec la réalité. Quel cheminement parcourent en fait les bénévoles dès lors qu'ils sont recrutés, initiés au travail, puis affectés à une tâche? Par quelle gamme de sentiments et de réactions passent-ils? À quelle condition doit satisfaire une affectation pour que le bénévole apprécie l'expérience et souhaite la répéter et en parler à d'autres, attirant ainsi d'autres bénévoles?



Objectifs et méthodes de recherche

Les objectifs de l'étude étaient les suivants :

  • Consigner les impressions et les expériences personnel- les de bénévoles afin de mieux comprendre ce qu'ils ju- gent important dans leur travail.
  • Découvrir les facteurs qui poussent de prime abord une personne à faire du bénévolat.
  • Cerner les facteurs qui soutiennent l'engagement des bénévoles (facteurs de satisfaction) et ceux qui ont tendance à le décourager (facteurs de découragement).

Nous avons choisi de recueillir des anecdotes, c'est-à-dire de demander à des bénévoles de nous décrire leurs expériences et leurs impressions sur le bénévolat dans le cadre de six interviews de groupe. Nous citons d'ailleurs dans les pages qui suivent les propos de certains participants. Les bénévoles qui ont pris part à cette étude représentaient un large éventail d'organismes volontaires. Ils appartenaient à différents groupes d'âge, exerçaient différentes fonctions et possédaient divers niveaux de formation et des compétences variées.

Les six groupes se répartissaient comme suit :

  • conducteurs et accompagnateurs;
  • bénévoles affectés à des services d'aide téléphonique;
  • bénévoles offrant une aide individuelle;
  • personnes donnant des cours d'alphabétisation ou de dynamique de la vie;
  • souscripteurs et solliciteurs;
  • membres de comités et de conseils d'administration.

Les organismes appartenaient à la catégorie générale des organismes de santé et de services sociaux, lesquels doivent faire très largement appel aux services de bénévoles. La plupart man quent de personnel et emploient de nombreux bénévoles pendant le jour. La majorité des quarante-cinq participants consacrent une vingtaine d'heures par mois à différentes causes.



Pourquoi les gens font du bénévolat

Il est ressorti de cette étude que la formule de la réussite, en matière de bénévolat, pourrait se formuler à peu près comme suit : fournissez aux bénévoles des occasions de se réaliser, permettez-leur de découvrir des facettes cachées de leur personnalité et de celle des autres et donnez-leur le sentiment qu'ils créent des liens de solidarité avec leur communauté et lui apportent une contribution. Ajoutez à ces conditions la formation, le soutien et la reconnaissance qui s'imposent, et vous aurez des bénévoles débordants d'énergie, qui s'amusent en travaillant et qui se sentent mieux qu'avant de faire du bénévolat.

FACTEURS D'INCITATION AU BÉNÉVOLAT

Les participants ont mentionné un certain nombre de facteurs qui avaient influé sur leurs décisions de faire du bénévolat ou qui, selon eux, pourraient inciter d'autres personnes à en faire :

  • le sentiment d'accomplir quelque chose
  • la reconnaissance et la rétroaction
  • l'épanouissement personnel
  • la possibilité de rendre service en compensation d'un bienfait reçu
  • la possibilité de faire évoluer la société
  • les liens familiaux
  • l'amitié, le soutien, la création de liens et un sentiment d'appartenance

1 L'importance du sentiment d'accomplir quelque chose

Une constante est ressortie très nettement des six interviews de groupe, à savoir la nécessité d'accomplir quelque chose et la reconnaissance de la satisfaction que cela peut procurer. L'obtention d'un résultat escompté, la découverte de nouvelles capacités personnelles et la possibilité de transformer quelque chose de mauvais en quelque chose de bon ne sont que quelques-unes des compensations mentionnées par le groupe. Bien qu'elle ne figure pas parmi les facteurs d'incitation à faire du bénévolat, la possibilité d'accomplir quelque chose, de constater les résultats directs de ses efforts personnels, est l'élément qui amène les bénévoles à exécuter à nouveau des tâches qu'ils ont jugées stressantes, déprimantes ou difficiles pour une quelconque autre raison.

Il n'est pas nécessaire d'accomplir quelque chose de grandiose pour éprouver de la satisfaction. Souvent, il suffit d'une réaction encourageante de la part de la personne à laquelle on essaie de venir en aide. Ainsi, un conducteur bénévole pour la Société du cancer se rappelle la joie qu'il a ressentie lorsqu'il a constaté qu'il avait aidé un patient traversant une période difficile à se détendre en lui rendant visite.

J'ai eu le sentiment d'avoir fait quelque chose qui justifiait mon existence…

Un bénévole travaillant dans une résidence pour personnes âgées raconte :

…Ils peuvent passer toute une semaine sans que personne les appelle par leur nom… vous pouvez voir leurs yeux pétiller, surtout lorsqu'ils s'en tendent appeler par leur prénom.

Parfois, c'est le fait de s'être bien tiré d'une situation inusitée qui procure au bénévole de la satisfaction.

Lorsque vous commencez à travailler comme bénévole dans un centre d'hébergement et de dépannage, vous vous heurtez à un mur… vous devez montrer aux gens que vous comprenez la frustration qu'ils ressentent à cause de leur pauvreté et de leur dépendance. Il faut à peu près six mois pour casser la glace.

Réussir à recruter quelqu'un en toute simplicité procure aussi beaucoup de satisfaction. Une bénévole de la Société du cancer qui s'adonne au tricot prête des patrons à des amies, des parentes et des femmes qu'elle rencontre à la clinique. Elle a convaincu les infirmières de tricoter des chapeaux pour les personnes qui subissent des traitements de chimiothérapie et des irradiations. Elle a tendance à intriguer les gens qui sont avec elles dans les salles d'attente.

J'étais en train de tricoter une paire de chaussettes, mais qui n'en n'avaient pas l'air parce qu'elles ont extensibles pour que les personnes dont les chevilles enflent puissent les porter quand même. Alors, une femme qui me regardait m'a demandé ce que je tricotais. «Oh, m'a-t-elle répondu, je pourrais en tricoter moi-aussi en attendant mon mari.» Je lui ai donné un patron, et elle m'a rapporté vingt-sept paires de chaussettes!

Un autre bénévole a demandé de l'aide pour repeindre un foyer de groupe :

J'ai demandé à un gars s'il voulait aider à repeindre le foyer. Je l'aime bien, mais il est très égoïste. Il recherche toujours son intérêt personnel. Alors je lui ai dit : Une journée, est-ce que ça te ferait mourir? Il est venu, il a fait un travail superbe, puis il m'a demandé : «Quand est-ce qu'on recommence?» Il m'a avoué qu'il ne s'était jamais senti aussi bien de toute sa vie.

L'envers de la médaille

Le besoin d'accomplir quelque chose comporte aussi des inconvénients. Lorsque les circonstances l'empêchent d'atteindre ses objectifs ou que le groupe lui met des bâtons dans les roues parce qu'elle emploie mal son temps ou à cause d'une planification déficiente, le bénévole devient insatisfait. Parmi les personnes interrogées, certaines envisageaient d'abandonner, d'autres parlaient de consacrer moins de temps à une tâche qui ne donnait aucun résultat en faveur d'une autre plus susceptible de réussir.

Il est important que les organismes fournissent à leurs bénévoles l'occasion d'accomplir quelque chose — aussi minime que cela soit — en leur confiant la tâche qui donnera le plus vraisemblablement le genre de résultats qu'ils recherchent.

2 Reconnaissance et rétroaction

Ainsi que nous l'avons déjà mentionné, le sentiment d'avoir accompli quelque chose constitue en soi une récompense et les participants n'ont pas toujours besoin qu'on les félicite pour justifier leur satisfaction. Dans certains cas cependant, ils estiment nécessaire qu'on les remercie et qu'on leur témoigne de la reconnaissance. Ils ont d'ailleurs indiqué très clairement dans quelles circonstances ces gestes de gratitude leur paraissaient appropriés.

Plus je me donne, plus j'ai besoin de rétroaction — qu'on me fasse des commentaires et qu'on reconnaisse ce que je fais. Cette année, l'organisme pour laquelle je fais du bénévolat a inséré un petit mot de remerciement dans la pochette d'information de ses solliciteurs. D'après moi, c'est de l'argent mal dépensé. Ce qui me fait vraiment plaisir, c'est que mon capitaine me dise que j'ai fait de l'excellent travail ou qu'il me demande comment ça va… Peu importe si je n'ai pas de nouvelles du groupe.

La plupart des bénévoles préfèrent un témoignage personnel de remerciement ou de sympathie à des manifestations de reconnaissance à l'endroit de l'ensemble des bénévoles.

J'aime bien aller prendre le thé, mais je préfère qu'elle me dise à quel point le travail que je fais est important.

La reconnaissance des efforts des bénévoles perd toutefois de sa valeur lorsque l'organisme ne manifeste aucun appui de son côté. Ainsi, un entraîneur bénévole recevait beaucoup de félicitations de la part des parents, mais se sentait abandonné par son groupe.

J'avais l'impression d'être seul, d'être obligé de régler moi-même toutes sortes de questions qui débordaient le cadre des fonctions d'un entraîneur. Je suis devenu tellement frustré que j'en ai eu assez. J'ai refusé de le refaire cette année.

La taille du groupe et l'ampleur de l'engagement personnel semblent influer sur le genre de rétroaction auquel le bénévole s'attend.

Plus l'organisme est petite, plus je la tiens personnellement responsable…

En contrepartie, il peut être gênant d'être trop souvent remercié.

Parfois, j'ai l'impression que le responsable me remercie plus que je ne le mérite vraiment.

Les commentaires doivent si possible être précis et décrire exactement ce que le bénévole a accompli.

Même si je vois très rarement cette personne, j'entretiens une relation très intime avec elle, parce qu'elle examine tous mes appels, qu'elle formule des jugements d'une grande sagesse à leur endroit et qu'elle me fait profiter de cette sagesse…

Parfois, les bénévoles attachent plus d'importance aux commentaires formulés par les bénéficiaires de leurs services qu'à la reconnaissance de la part de l'organisation.

Un jeune Vietnamien auprès duquel j'ai travaillé pas mal de temps vient d'être accepté à un cours. Il est venu me remercier très chaleureusement de l'aide que je lui avais apportée. Ça m'a fait vrai ment chaud au cœur!

3 Épanouissement personnel

La possibilité de s'épanouir semble figurer parmi les grandes récompenses et les principaux attraits du bénévolat. Les personnes que nous avons interrogées nous ont confié que le bénévolat leur avait permis de se découvrir de nouvelles compétences ou capacités, d'apprendre à mieux se connaître et à mieux connaître d'autres personnes ou de relever des défis personnels.

Certains participants se sont dits agréablement surpris de découvrir qu'ils faisaient très bien certaines choses dont ils ne se seraient pas cru capables. Leur amour-propre et leur confiance en soi grandit à chaque fois qu'ils surmontent une nouvelle difficulté ou acquièrent une nouvelle compétence. D'autres trouvent que leur vie a plus d'éclat et d'intensité parce qu'ils se retrouvent dans des situations qui ne seraient pas présentées autrement.

J'ai grandi dans une grande famille et je n'ai pas beaucoup d'instruction. J'en ai toujours eu pleine ment conscience, mais lorsque j'ai pris ma retraite et que j'ai commencé à faire du bénévolat, je me suis découvert beaucoup de talents; je n'avais tout simplement jamais eu l'occasion de le montrer.

Le bénévole est aussi appelé à vivre des expériences et à se retrouver dans des milieux qu'il n'aurait autrement jamais connus.

C'est incroyable parfois de voir des gens en état de crise s'ouvrir à nous. Nous les écoutons. Nous n'avons pas besoin de leur parler beaucoup, mais après deux heures nous en savons plus au sujet de ces parfaits inconnus qu'au sujet d'amis intimes que nous connaissons depuis dix ans, parce qu'ils n'ont pas le temps de dissimuler.

Les responsables des bénévoles doivent donc bien connaître les attentes de ces derniers pour leur fournir les défis et les expériences qu'ils recherchent. Parfois, les tâches à accomplir répondent à ces conditions, mais parfois aussi il faut créer des occasions.

4 Rendre un bienfait à la société

Certains participants se sont dits mus par le désir d'apporter une contribution à la société.

Si nous voulons vivre dans un monde meilleur, il faut que chacun d'entre nous commence par faire sa part dans sa propre communauté.

Dans le même ordre d'idées, les participants ont également fait valoir que le bénévolat favorisait le renforcement des liens communautaires :

Le bénévolat m'a apporté une satisfaction à la quelle je ne m'attendais pas du fait que j'ai été appelé à solliciter un voisin que je connaissais assez bien depuis une dizaine d'années. Je ne l'avais pas vu dernièrement et il était malade. Nous avons eu une longue conversation des plus agréables, et je me suis demandé pourquoi je ne lui rendais pas visite plus souvent. Comme il est décédé environ deux semaines plus tard, j'ai été très content d'avoir été plus ou moins contraint de le revoir… Le fait de recueillir des fonds dans ma propre rue me redonne le sentiment de faire partie de la communauté.

D'autres, qui estiment que la vie les a comblés, désirent rendre service en retour pour rétablir en quelque sorte un certain équilibre :

Je me sens obligé de faire quelque chose pour quelqu'un qui a eu moins de chance que moi.

Une fois qu'ils ont un emploi et un logement, les immigrants au Canada manifestent le désir d'apporter quelque chose au pays qui les a accueillis et qu'ils ont adopté.

5 Faire évoluer la société

Beaucoup de bénévoles sont heureux de sensibiliser les gens aux causes et aux organismes pour lesquelles ils œuvrent. Cela leur donne l'impression de faire évoluer la société.

Je veux que les gens sachent que les femmes qui contreviennent à la loi ne sont pas toutes méchantes ni toxicomanes. Je veux que les gens sachent que les femmes ne recherchent pas les agressions sexuelles. Je ne me considère pas tellement comme une bénévole, mais plutôt comme une militante en faveur des droits de la personne.

6 Liens familiaux

Lorsqu'on parle de bénévolat, la question de la filière familiale semble mériter qu'on s'y arrête. Un certain nombre de participants ont mentionné que le bénévolat était une affaire de famille. Beaucoup viennent en effet d'une famille de bénévoles. Ils ont grandi avec l'idée que faire du bénévolat était une activité courante, au même titre qu'aller à l'école ou travailler.

J'ai grandi avec des bénévoles… mes parents faisaient du bénévolat, alors j'en ai fait moi aussi. Ils n'en n'attendaient pas moins de moi comme être humain.

Naturellement, lorsqu'un bénévole s'absente souvent de la maison, la vie de famille peut en souffrir, ce qui pose un problème délicat.

La personne qui fait du bénévolat a besoin de l'encouragement de sa famille. Si votre conjoint n'aime pas que vous vous absentiez de la maison, alors il vaut mieux laisser tomber.

Certains participants ont commencé à faire du bénévolat parce qu'un parent avait besoin ou risquait d'avoir besoin d'aide. Quelques-uns ont même qualifié leur engagement d'égoïste, parce qu'il avait pour but de surmonter une maladie ou une situation dont souffrait un membre de la famille.

7 Amitié, soutien, création de liens et sentiment d'appartenance

Chez certains bénévoles, c'est le facteur humain qui prédomine. Ce qui les incite à poursuivre, c'est la perspective de se faire des amis et de les rencontrer, de socialiser, et le sentiment d'appartenir à un groupe. Ceux qui accomplissent des tâches très stressantes font observer qu'ils ont besoin de se sentir soutenus par le personnel et les autres bénévoles.

Nous avons affaire à des gens très éprouvés. Il arrive qu'on s'emporte et qu'on blesse quelqu'un sans le vouloir. Lorsque j'ai l'impression d'avoir fait de la peine à quelqu'un, j'en suis très mal à l'aise et je veux abandonner. Notre bel esprit d'équipe m'aide alors beaucoup.

Certains participants ont dit avoir choisi leur organisation en fonction du genre de personnes avec lesquelles ils seraient appelés à travailler :

J'aimais les gens. Ils voulaient tous faire du bon travail. C'était très dynamique comme milieu. Je sentais qu'on avait besoin de moi.

Certains aussi aiment bien savoir que l'organisme les soutient et leur est reconnaissant :

Je suis là depuis six mois seulement, mais ils m'ont déjà envoyé des cartes et des lettres personnelles.

Pendant toutes les réunions de groupe qui ont eu lieu dans le cadre de l'étude, nous avons constaté un grand esprit de camaraderie, de partage, chez les participants, même s'ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant.

Parfois, ils ont cédé à la tentation de s'écarter du sujet pour constituer des réseaux de façon impromptue et discuter de leur travail. Ils ont comparé leurs expériences, proposé des lectures et des solutions aux problèmes des uns et des autres et se sont découvert des connaissances communes.

Les réunions : du pour et du contre

Les bénévoles semblent aux prises avec un dilemme. Ils aiment pouvoir échanger entre eux, mais la plupart admettent éviter les réunions relatives à leur travail. Ils ne veulent pas détourner une seule minute du temps qu'ils consacrent au bénévolat ni alourdir leur emploi du temps déjà chargé.

FACTEURS DE DÉCOURAGEMENT

Bien que la plupart des participants à l'étude soient heureux de faire du bénévolat, ils ont été en mesure de mentionner un certain nombre de facteurs qui les ont découragés à un moment donné :

  • gestion désordonnée
  • manque d'appui de la part
  • du conseil d'administration
  • indifférence du personnel
  • manque de formation et d'orientation
  • manque de relations personnelles et d'appui
  • tâche peu adaptée
  • retrait des petits avantages
  • financement insuffisant

1 Une gestion désordonnée peut entraîner un gaspillage du temps du bénévole

L'inefficacité de l'organisme, surtout quand elle aboutit au gaspillage du temps du bénévole ou complique la tâche de ce dernier, suscite beaucoup de colère. C'est le cas, par exemple, de ce bénévole qui a constaté, en arrivant au travail, qu'un autre était déjà en train d'accomplir la tâche qu'on lui avait confiée.

Le manque d'organisation se révèle surtout problématique pour les solliciteurs. Par exemple, il est arrivé qu'on ne leur remette pas suffisamment de prospectus pour tous les ménages de la rue où ils devaient passer, qu'on leur impose de très courts délais sans préavis ou qu'on leur fournisse des listes qui n'étaient pas à jour.

2 Manque d'appui de la part du conseil d'administration

D'après les participants, certaines organismes ne reconnaissent que du bout des lèvres l'importance des bénévoles et de leur travail.

Le coordonnateur des bénévoles fait un travail important. C'est lui qui déploie l'effectif. Alors, pourquoi ne lui accorde-t-on pas le personnel et l'équipement nécessaires pour bien s'acquitter de cette fonction? Sans lui, l'organisme ne serait pas en mesure de fonctionner.

Il est important que le conseil d'administration ou les cadres du groupe planifient soigneusement l'utilisation des bénévoles. L'organisme qui attache de l'importance à ses bénévoles devrait accepter de prendre le temps et le soin qu'il faut pour mettre en place les systèmes de soutien nécessaires aux bénévoles et aux programmes qu'ils exécutent.

3 Indifférence du personnel

Les participants ont signalé qu'ils n'étaient pas toujours bien accueillis par le personnel des organismes. C'est ce qui se produit lorsqu'on fait appel à eux sans avoir consulté le personnel. Les préposés aux bénévoles devraient s'entendre avec les membres du personnel au sujet des tâches qui seront attribuées aux bénévoles. Cela éviterait bien des frictions.

Les coordonnateurs des bénévoles devraient offrir leur appui à ces derniers et ne pas leur imposer des choses dont ils n'ont pas besoin.

Je présume que lorsqu'une coordonnatrice des bénévoles vous interviewe, elle est en mesure de se rendre compte si vous êtes intelligent ou stupide.

Alors, on se demande pourquoi elle vous confie un travail et le fait à votre place, ou bien vous remet une liste d'instructions à n'en plus finir pour vous aider à faire un travail que vous avez fait toute votre vie… Quand j'ai pris ma retraite, je n'ai pas laissé mon cerveau au bureau…

Il s'ensuit que le personnel ne devrait pas s'approprier ou ignorer les responsabilités des bénévoles, comme c'est arrivé à la rédactrice en chef bénévole d'un bulletin, qui s'est rendu compte que le personnel lui passait par dessus la tête et faisait publier des articles sans l'en avertir.

S'il ne faut pas faire perdre son temps au bénévole, il ne faut pas non plus l'épuiser.

Parfois, on a envie de les envoyer au diable et de leur remettre notre tablier. Il va nous manquer 65 000 $, parce qu'il n'y a pas suffisamment de bénévoles. Nous savons que cet argent existe, mais nous n'avons personne pour aller le chercher.

Les bénévoles constituent une ressources rare et précieuse et méritent d'être traités avec tact, discernement et considération.

4 Manque de formation et d'orientation

Les participants ont fait l'éloge des organismes qui offrent à leurs bénévoles une formation et une orientation adéquates.

Ils ont également dit apprécier de bénéficier par la suite d'une supervision ou de conseils ainsi que de renseignements pertinents sur les opérations courantes.

Un bénévole qu'on avait chargé de s'occuper d'une personne a reçu pour toute formation des renseignements sur les objectifs de l'organisation, à quoi l'on a ajouté une brochure fournissant des renseignements de base :

On ne m'a rien dit au sujet de la maladie de la personne, des médicaments qu'elle doit prendre, de ce que je dois faire si quelque chose de fâcheux se produit.

5 Manque de contacts personnels et d'appui

Certains bénévoles se sont plaints qu'après avoir été formés et chargés d'une tâche en particulier, ils étaient pratiquement laissés à eux-mêmes.

Ils ont dit déplorer le manque de contacts avec les autres bénévoles ou le personnel et, partant, le peu de possibilités d'échanger des idées lorsque des problèmes surviennent ou tout simplement de s'intégrer au groupe.

Dans un même souffle, d'autres ont mentionné les efforts louables que leur organisme avait faits pour qu'ils se sentent chez eux. Les thés et autres mondanités auxquels ils sont conviés sont prisés en raison des possibilités de contact qu'ils offrent avec le personnel et les collègues bénévoles.

D'autres ont louangé les organismes pour leur utilité, leur ouverture d'esprit et leur réceptivité aux suggestions qu'on leur fait pour améliorer les choses.

6 Tâche peu adaptée

Certains participants ont dit regretter d'avoir choisi un organisme répondant peu à leurs intérêts ou souffrir de s'être vu confier une tâche peu conforme à leurs goûts. Sans avoir l'intention de tout laisser tomber, ils n'aiment pas ce qu'ils font ou n'éprouvent pas le plaisir qui semble caractériser le bénévole satisfait.

Je préférerais conduire des gens, mais on m'a demandé de faire des visites. Cela peut être très éprouvant.

Une participante s'est vu demander de dactylographier des adresses sur des enveloppes dans un bureau en retrait alors qu'elle rêvait d'accueillir les gens à la réception.

Je n'ai pas refusé, mais j'ai été déçue de ne pas pouvoir me retrouver davantage dans le feu de l'action.

Les préposés aux bénévoles devraient se rendre compte que ces derniers peuvent préférer délaisser progressivement l'organisme plutôt que de s'attaquer à la source de leur mécontentement.

7 Les petits à-côté — pas vraiment importants, sauf s'ils sont retirés

Lorsque les fournitures sont insuffisantes ou qu'on leur retire de petits avantages, les bénévoles ont l'impression que l'organisme ne les apprécie pas parce qu'elle ne consacre pas les sommes nécessaires pour les gérer comme il faut.

De manière générale, les bénévoles ne tiennent pas à être récompensés pour leurs efforts. Cependant, lorsque l'organisme leur offre quelque chose, comme du café gratuit, puis leur retire cet avantage, cela met le feu aux poudres.

Lorsque j'ai vu qu'ils allaient demander 10 cents pour une tasse de café, j'ai explosé, à cause du principe.

8 Financement insuffisant

Parfois, l'organisme ne peut rien faire pour remédier à la frustration qu'éprouvent ses bénévoles, du moins pas directe ment.

Par exemple, un bénévole nous a dit être frustré parce que le système ne lui permet pas d'accomplir sa tâche jusqu'au bout :

Certains des réfugiés qui ont terminé le cours de formation de six mois sont censés être prêts à partir à la recherche d'un emploi, mais ce n'est pas le cas. Six mois, ce n'est pas suffisant.

Beaucoup de bénévoles attachent énormément d'importance au travail qu'ils font et acceptent mal que la société ne lui accorde pas suffisamment de valeur.

Ce qui me dérange vraiment, c'est qu'il n'y a jamais assez d'argent. L'organisme regorge de possibilités et nous pourrions faire tant de choses pour ces gens, si seulement nous avions de l'argent.

Je crois bien que je suis en colère contre le gouvernement parce qu'il ne fait rien d'autre que réduire les dépenses.

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    Dernière révision : 1998/10/16
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