Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue

Après cinq ans, un bilan mitigé

par Stéphane Gagné

En mai 2002, le ministre de l’Éducation du gouvernement du Parti québécois, Sylvain Simard, lançait la Politique d’éducation des adultes et de formation continue assortie d’un plan d’action. De 2002 à 2007, 450 millions de dollars devaient être investis dans la mise en oeuvre de ce plan, qui prévoyait notamment une hausse de 33 000 personnes inscrites à l’éducation des adultes. Près de cinq ans plus tard, quel bilan peut-on dresser de cette politique?

D’abord, selon Paul Bélanger, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche/développement sur l’éducation permanente (CIRDEP) de l’UQAM, l’existence même de cette politique est déjà une très bonne initiative. « Le Québec est l’un des rares endroits au monde à avoir une politique d’éducation des adultes et de formation continue », affirme-t-il.

Autre point positif : le gouvernement a mis en place un programme visant à faciliter l’accessibilité des adultes faiblement scolarisés à l’éducation. Ainsi, en 2005- 2006, 50 commissions scolaires ont implanté un service d’aide, de référence, de conseil et d’accompagnement (SARCA) et, l’année suivante, les 22 commissions scolaires restantes leur ont emboîté le pas. Ce service est mis à la disposition des personnes sans diplôme d’études secondaires ou professionnelles (DES ou DEP) afin de les accompagner dans l’établissement d’un bilan des acquis relatifs à leur formation de base.

Enfin, selon le rapport annuel de gestion 2005-2006 du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), 92 p. 100 des mesures mentionnées dans la Politique ont été réalisées ou sont en voie de l’être. Ainsi, en formation générale des adultes, on voulait former 30 000 personnes de plus qu’en 2002. Or, en 2004- 2005, 79 p. 100 de la cible était atteinte. En formation professionnelle, la cible de 3 000 personnes de plus, fixée en 2002, a été dépassée de plus de 9 300 personnes il y a deux ans.

« Le Québec est l’un des rares endroits au monde à avoir une politique d’éducation des adultes et de formation continue »

Ces résultats encourageants cachent toutefois deux vides majeurs de la Politique. Selon M. Bélanger, « les cégeps et les universités sont les grands oubliés du plan d’action ». Alors que 122 000 adultes (2001) se forment dans ces institutions, le MELS n’en a pas tenu compte dans sa Politique. À ce manque s’ajoute tout le secteur de l’éducation populaire, qui comprend l’éducation à l’environnement, l’apprentissage d’une langue seconde, etc. « Depuis 2003-2004, le réseau communautaire a son propre programme appelé Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation, mais il n’y a aucun lien entre ce programme et la Politique du MELS », déplore M. Bélanger.

C’est donc toute une population d’adultes en formation qui se retrouve exclue de la Politique. C’est ce qui fait dire à plusieurs, dont Claude Garon, recherchiste au Mouvement québécois des adultes en formation, que le gouvernement ne fait pas suffisamment d’effort pour encourager les adultes à se former. Et les chiffres semblent confirmer cette affirmation. « En 1996, 1,5 million de Québécois n’avaient aucun diplôme, explique M. Garon. Cinq ans plus tard, ce chiffre n’a baissé que de 200 000 [les chiffres de 2006 ne sont pas encore disponibles]. Or, on sait que ces gens ont de très grandes difficultés avec la lecture, qu’il est difficile de les joindre dans leur milieu, qu’ils ne sont pas toujours conscients de leurs besoins de formation et qu’ils craignent un retour aux études. Enfin, les ONG en alphabétisation et les commissions scolaires ont des moyens limités pour les joindre. »

Voilà tout le défi du gouvernement. « Il est important de permettre davantage aux gens à faible scolarité d’accéder à l’éducation aux adultes, fait remarquer M. Bélanger. Il faut adopter des mécanismes pour éviter de ne former que ceux qui sont déjà formés. » Or, en ce moment, la probabilité qu’une personne suive une formation au cours de sa vie est beaucoup plus grande chez les universitaires (60 p. 100) que chez les personnes ayant moins de 9 ans d’études (10 p. 100).

Plusieurs intervenants dans le milieu sont déçus des efforts du gouvernement. Selon Daniel Baril, chargé de projets aux politiques en éducation des adultes de l’Institut canadien d’éducation des adultes (ICEA), les gens oeuvrant dans les réseaux d’éducation informels et formels ne voient pas les effets de la Politique dans leur milieu. « L’analphabétisme est encore très élevé, l’éducation tout au long de la vie demeure très faible et les règles concernant la formation de la main-d’oeuvre ont été assouplies sous le gouvernement libéral. » En effet, depuis janvier 2004, 26 500 des 37 600 entreprises visées par la loi, soit les entreprises dont la masse salariale se situe entre 250 000 et un million de dollars, ont été soustraites de l’obligation d’investir 1 p. 100 de leur masse salariale en formation. On semble donc encore loin d’une culture d’apprentissage tout au long de la vie.


Détenteur d’une maîtrise en sciences de l’environnement de l’UQAM, Stéphane Gagné a remporté la Bourse Fernand-Seguin de vulgarisation scientifique en 1991 et s’est par la suite consacré au journalisme à la pige, notamment dans les domaines de la science, des sciences humaines et de l’environnement pour diverses publications.