par Fernan Carrière
Les nombreux rapports publiés sur la question de l’éducation des adultes depuis quelques années font état de nombreuses initiatives ainsi que de réalisations concrètes au Canada. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont accéléré le rythme d’introduction de nouvelles initiatives dans le secteur de l’éducation des adultes : législations, politiques, programmes. On constate qu’il y a un intérêt grandissant à l’égard de cet enjeu.
Pourtant, le taux de participation à des activités de formation ou d’éducation des adultes n’a pas augmenté de façon significative depuis une dizaine d’années au Canada. Voire, ce taux est de beaucoup inférieur à celui d’autres pays industrialisés, tels que le Royaume-Uni, ou les pays scandinaves. De plus, ce sont les personnes les moins scolarisées et qui en bénéficieraient le plus, qui participent le moins à des activités de formation. Le Rapport sur l’apprentissage 2007 du Conseil canadien sur l’apprentissage mentionne que la proportion des travailleurs qui ont suivi une formation liée au travail avec l’appui de leur employeur avait chuté en cinq ans. Ils ajoutent que durant la même période, les travailleurs étaient plus nombreux à entreprendre une formation de leur propre chef et à leurs frais (page 55).
Dans leur rapport sur le système de formation et d’éducation des adultes au Canada, les chercheurs Karen Myers et Patrice de Broucker soulignent que plusieurs observateurs soutiennent que ce faible taux de participation est le résultat de systèmes d’éducation des adultes complexes, incohérents et incomplets.
Les chercheurs qui ont préparé un rapport de recherche sur l’élaboration d’un cadre stratégique pour le compte du Conseil des ministres de l’éducation du Canada en font la démonstration. Ils y ont recensé l’ensemble des lois, politiques, et programmes des gouvernements provinciaux et territoriaux. Ils constatent que peu de gouvernements ont adopté de véritables politiques intégrées pour favoriser le droit et l’accès à l’apprentissage sous toutes ses formes – formelles, non-formelles, informelles (voir encadré).
Le manque de capacité pour répondre à une demande croissante, le manque d’accès à l’information et aux ressources, ainsi que des modèles de financement inadéquats font partie d’une longue liste d’obstacles à la prestation et à la gestion des programmes actuels en éducation des adultes que les chercheurs ont répertoriés.
Au Canada, l’éducation est la responsabilité des gouvernements provinciaux. Cela pourrait constituer un avantage en ce qu’il permet de répondre de façon plus appropriée aux besoins particuliers de chaque région du pays. Mais comme le souligne bon nombre d’experts, dans le contexte d’un marché du travail caractérisé par une forte mobilité des personnes, ce partage des responsabilités peut aussi devenir problématique : l’absence de concertation entre les provinces d’une part, et le gouvernement fédéral de l’autre, nuit à l’efficacité des systèmes d’éducation des adultes. Du point de vue de l’individu, l’accès aux services n’est pas équivalent partout au pays. Il y a là une source d’inégalité qui heurte la culture politique canadienne.
Il y a une multitude d’intervenants institutionnels déjà actifs dans le secteur de l’éducation des adultes : le secteur académique (commissions scolaires, collèges communautaires, universités), le monde du travail (entreprises et syndicats), des organismes tels que la Commission canadienne pour l’UNESCO. La plupart des chercheurs et des observateurs qui ont étudié la question s’entendent : il est illusoire de croire qu’une politique de laisser-faire permettra à l’ensemble de ces intervenants de répondre aux besoins des personnes.
Il est à noter qu’il n’y a pas d’équivalent à l’Institut de coopération d’éducation des adultes au Canada anglophone. Cette absence institutionnelle limite la capacité des intervenants de sensibiliser le public à la question et de faire pression sur les autorités politiques.
Enfin, ce qui inquiète la plupart des intervenants dans le domaine, c’est l’incertitude quant à la direction provenant du gouvernement fédéral. Le nouveau gouvernement conservateur n’a pas encore énoncé quelles sont ses intentions pour ce secteur.
Nous apprenons de façon constante tout au long de la vie. Parfois, c’est de façon consciente, dans le cadre d’un programme bien défini, en visant un objectif précis – obtenir un certificat; souvent, c’est de façon moins ordonnée. Parfois, c’est pour le plaisir. À d’autres moments, c’est par nécessité : par exemple, pour se renseigner sur un enjeu social, tel que le changement climatique, ou pour apprendre une nouvelle technologie au travail. Dans une société de plus en plus fondée sur le savoir, l’apprentissage à vie est devenu un enjeu collectif.
Éducation formelle (certifiée) : formation structurée, reconnue formellement, habituellement offerte dans une institution académique ou dans un milieu de travail.
Éducation non formelle (non certifiée) : formation organisée et systématique, mais offerte à l’extérieur des cadres institutionnels.
Éducation informelle (expérientielle) : apprentissage acquis par l’expérience, soit au travail, par autoformation ou via des activités de bénévolat par exemple. Généralement, ce mode d’apprentissage est sous évalué.
Bibliographie partielle de rapports publiés depuis quelques années :
Valerie Peters, Travail et formation : premiers résultats de l’Enquête sur l’éducation et la formation des adultes, Statistique Canada, Avril 2004
Rapport du Canada pour le Bilan de mi-parcours CONFINTEA V, préparé pour le Conseil des ministres de l’éducation du Canada et la Commission canadienne de l’UNESCO, Juin 2004
Roger Pawley, Élaboration d’un cadre stratégique pour l’éducation des adultes : terminologie, typologie et meilleures pratiques, CMEC, Mai 2005
Karen Myers et Patrice de Broucker, Too Many Left Behind: Canada’s Adult Education and Training System, Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques, Juin 2006
État de l’apprentissage au Canada : pas le temps de s’illusionner. Rapport sur l’apprentissage au Canada 2007, Conseil canadien sur l’apprentissage, Janvier 2007