
par Gaétan Cousineau
En janvier dernier, la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français a participé activement à la tenue du Forum international sur l’éducation non formelle, à Niamey, au Niger (voir page 17). Le directeur général de la FCAF y a fait une présentation sur l’état du droit à l’éducation des adultes en français au Canada. Voici le résumé de cette allocution.
L’alphabétisation est un aspect du droit à l’éducation pour tous et de la problématique de l’éducation des adultes. La 5e Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA, Hambourg, 1997) a constitué un point tournant pour l’éducation et l’alphabétisation des adultes dans le monde. L’alphabétisation y a été désignée comme un droit et une pratique sociale répondant aux besoins fondamentaux des individus et favorisant leur participation, leur communication et leur autonomisation.
Le Canada est un des pays qui ont adopté la Déclaration de Hambourg et l’Agenda pour l’avenir. Alors qu’en est-il de la situation du droit à l’éducation des adultes en français au Canada? Quel est l’état de développement actuel du mouvement d’alphabétisation en français au Canada?
Au Canada, comme dans la majorité des pays industrialisés, l’alphabétisme est devenu un enjeu majeur. En 2005, Statistique Canada a divulgué les résultats de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes. Cette enquête révèle que le taux d’alphabétisme des Canadiens n’avait pas progressé au cours des dix années précédentes. Au Canada, deux adultes sur cinq ont de la difficulté à comprendre et à utiliser l’information qu’ils lisent. L’Enquête démontre, en outre, qu’un écart significatif entre les populations francophones et anglophones persiste toujours malgré les progrès substantiels réalisés au cours des dernières décennies.
Pour bien comprendre la dynamique de l’alphabétisation en français au Canada, nous devons l’examiner dans le contexte de deux facteurs : la nature fédérale du pays et le partage des compétences constitutionnelles qui en découlent, ainsi que le statut reconnu aux communautés francophones et leur poids relatif dans chaque province ou territoire.
Comme l’éducation relève de la compétence des provinces canadiennes, c’est principalement dans les provinces autres que le Québec que les francophones ont éprouvé les principales difficultés d’accès à l’école française. La Loi constitutionnelle de 1867 de même que certaines lois fondamentales reconnaissaient toutefois certains droits politiques et scolaires aux francophones de certaines provinces. Mais ces droits n’ont tout simplement pas été appliqués, ou ils ont été carrément abolis. Ce n’est qu’en 1985 que la Cour suprême du Canada « découvrait » l’illégalité presque centenaire des lois limitant l’usage du français dans certaines provinces. Quoi qu’il en soit, la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, enchâssée dans la nouvelle Constitution canadienne par son article 23, garantissait aux minorités linguistiques française et anglaise le droit à l’instruction dans la langue de la minorité.
Compte tenu du rattrapage qui s’impose, le développement de l’alphabétisation (des adultes) en français constitue un complément nécessaire à l’éducation (primaire et secondaire) en français. Dans certains cas, les activités d’alphabétisation en français sont en réalité des activités de ré-appropriation de la langue française pour des populations dont la langue maternelle est le français, mais qui ont été (faiblement) scolarisées en anglais...
Sur le plan constitutionnel, l’éducation relève de la compétence exclusive des provinces. Mais cette exclusivité s’exerce principalement dans le champ de la formation initiale des jeunes et du système formel d’éducation...
Dans le secteur de l’éducation et de la formation des adultes, l’autonomie des provinces est plus diffuse et le gouvernement fédéral intervient considérablement dans le secteur de la main-d’oeuvre.
Je crois qu’il faut avoir confiance en l’avenir, sans toutefois faire fi des nombreux défis qui se présentent, que ce soit la fragilité de la francophonie au Canada, le taux élevé d’anglicisation dans les milieux à majorité anglophone ou l’engagement encore restreint d’une société pleinement alphabétisée. Les conditions économiques et sociales favorisent le changement, notre société est plus prospère, nos gouvernements ont atteint l’équilibre budgétaire et disposent même de surplus. Bon nombre de personnes et d’organismes dans toutes les régions du pays sont mobilisés, et l’on a trouvé des pistes d’action pour améliorer radicalement l’alphabétisme.
Avant de devenir directeur général de la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français en novembre 2006, Gaétan Cousineau était vice-président de la Section de la protection des réfugiés à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.