ENTREVUE avec Paul Bélanger

photo: Paul BélangerC’est le temps de passer à l’action!

Professeur à l’Université du Québec à Montréal et membre du Centre interdisciplinaire de recherche/développement sur l’éducation permanente, Paul Bélanger est aussi président du Conseil international sur l’éducation des adultes. Le CIEA est le principal organisme, sur le plan mondial, qui représente la plupart des organisations nationales et régionales vouées à l’éducation des adultes. Cet organisme se réunit tous les trois ans, et c’est à Nairobi (Kenya) que s’est tenue sa dernière conférence, en janvier 2007. M. Bélanger nous a accordé une entrevue quelques semaines après son retour de Nairobi.

M. Paul Bélanger : « On ne peut pas non plus laisser au seul libre marché la formation en entreprise. Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est simplement une question de fonctionnement. »

Depuis dix ans, il y a eu de nombreuses conférences internationales, des rapports officiels, de grandes déclarations de principes, des plans et des promesses d’action sur l’éducation des adultes ou sur l’éducation tout au long de la vie. Quel bilan les organisations nationales et internationales qui s’occupent d’éducation des adultes fontelles de toute cette activité?

On n’a pas besoin d’une nouvelle vision de l’éducation des adultes, on a besoin d’action!

On sait où l’on veut aller, on sait ce qui a réussi et ce qui n’a pas réussi. Maintenant, les hommes et les femmes qui travaillent dans le domaine de l’éducation des adultes ont besoin d’appui.

L’attention de tous les participants à la Conférence de Nairobi s’est portée sur l’organisation de la prochaine Conférence internationale sur l’éducation des adultes de l’UNESCO (CONFINTEA VI). Le grand défi que devront relever les participants à la CONFINTEA VI sera de mettre en oeuvre les déclarations adoptées lors de la Conférence de Hambourg en 1997.

Dans le domaine de la formation en entreprise, seules les personnes déjà qualifiées et sur le marché du travail peuvent obtenir de la formation. Ça ne peut plus durer…

Dans le domaine de l’alphabétisation, certains pays, comme le Canada, retirent l’argent mis en jeu au moment où l’on commence à reconnaître le problème. Ça non plus, ça ne peut plus durer…

Maintenant, il faut promouvoir et défendre l’éducation des adultes. Les organisations non gouvernementales du secteur de l’éducation des adultes vont suivre de très près les travaux de préparation de cette conférence.

D’où est venue cette notion du droit à l’éducation des adultes? Quelle a été son évolution?

Il y a environ cinquante ans, on a pris conscience qu’on ne pouvait pas améliorer la situation de l’éducation sans avoir une approche intergénérationnelle. Il faut toucher à la fois la génération des parents et celle des enfants. Il y a eu tout un développement depuis la première Conférence internationale sur l’éducation des adultes à Elseneur, au Danemark. Au cours des années 1960, les gouvernements ont pris graduellement conscience de l’importance de cet enjeu pour leur développement. Mais c’est vraiment au cours des années 1980 qu’on a commencé à parler du droit à l’éducation pour les adultes.

Il y a dix ans, les participants à la Cinquième Conférence internationale sur l’éducation des adultes ont adopté une déclaration qui affirmait le droit, pour chaque personne, quel que soit son âge, à l’alphabétisation et à une formation de base. Ce que la Conférence de Hambourg a surtout apporté, c’est une vision élargie de l’éducation des adultes, c’est l’idée que l’éducation des adultes, c’est non seulement un droit, mais aussi un instrument de développement.

Les enfants ont droit à l’éducation de base. Dans la plupart des pays, les parents ont même l’obligation d’envoyer leurs enfants à l’école. Mais le droit à l’éducation des adultes n’est toujours pas un droit qui a une force exécutoire. Prenons le cas d’un adulte qui n’aurait pas eu accès à une formation de base dans sa jeunesse. Cette personne pourrait-elle aller en cour pour revendiquer le droit d’aller à l’école comme tout le monde? Certains juristes soutiennent qu’elle le pourrait en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, mais uniquement pour une formation de base. Toutefois, pour ce qui est de l’éducation des adultes, c’est uniquement un droit moral. Certains pays, comme la France et l’Allemagne, ont adopté des lois qui donnent droit à des congés-éducation payés.

Quelles ont été les retombées de la Déclaration de Hambourg et de l’Agenda pour le futur?

La Déclaration de Hambourg et l’Agenda pour le futur ont eu des retombées positives. Au Canada, on a fait beaucoup de progrès depuis une dizaine d’années, mais pas autant que dans d’autres pays, particulièrement les pays nordiques de l’Europe. Ailleurs, au Brésil et en Afrique du Sud, notamment, on s’est beaucoup inspiré de cette conférence.

Au pays, plusieurs organisations oeuvrent très activement dans le domaine de l’alphabétisation. La FCAF et l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes en font partie. Ces organisations n’ont pas attendu les gouvernements pour bouger.

Sur les plans de la législation et des politiques, l’impact s’est limité à certains pays. Au Canada, la création du Secrétariat national à l’alphabétisation a constitué une très belle réussite. Le Québec s’est fortement inspiré des travaux de CONFINTEA V et a adopté le projet de loi 90 sur la formation professionnelle.

Mais il y a eu aussi des reculs. Ainsi, la Banque mondiale s’était engagée à CONFINTEA V à faire de l’éducation des adultes une priorité aussi importante que l’éducation des jeunes, mais elle n’a pas respecté son engagement. Elle a même retiré son programme sur l’éducation des adultes.