par Jacinthe Laforest
La Société éducative de l’Île-du-Prince-Édouard contribue grandement à élever le niveau d’alphabétisation chez les francophones de l’Île-du-Prince-Édouard.
Avec son programme de formation générale des adultes, offert depuis plus de dix ans, la Société éducative a permis à des dizaines de personnes d’obtenir leur diplôme d’études secondaires ou l’équivalent.
« La plupart des gens s’inscrivent au programme pour poursuivre leurs études au collège, ou encore pour conserver leur emploi », indique Claudette McNeill, responsable du programme. Au fil des ans, Mme McNeill a travaillé tant avec des personnes qui avaient quitté l’école depuis 30 ans qu’avec d’autres qui avaient décroché peu d’années auparavant.
« Toutes ces personnes ont quitté l’école parce qu’elles ne réussissaient pas. Elles se sentaient stupides. J’aime les voir s’émerveiller lorsqu’elles comprennent le théorème de Pythagore ou des règles de grammaire qu’elles ne comprenaient pas jadis. J’aimerais pouvoir aider plus de monde. La plupart arrivent avec un niveau 2 d’alphabétisation et font des progrès. Ceux qui nous arrivent avec un niveau 1 se découragent, car nous n’avons pas assez de ressources humaines pour les aider efficacement », estime-t-elle.

« Pour agrandir notre clientèle,
nous devons maintenant
faire de la mise à niveau en
alphabétisation. »
M. Claude Blaquière
Afin de voir aux besoins de ces personnes peu alphabétisées, la Société éducative est à mettre sur pied un réseau de tuteurs et de tutrices pour les aider à progresser dans leur apprentissage de la lecture et de l’écriture. « Nous avons trouvé des tuteurs bénévoles dans deux régions prioritaires. Nous allons leur offrir de la formation pour qu’ils puissent aider le plus de gens possible. C’est un projet pilote », fait savoir Claude Blaquière, directeur général de la Société éducative. Ce projet pilote répond à la nécessité d’assurer une croissance du bassin de clients potentiels pour le collège communautaire francophone de l’Île. « En 10 ans, nous avons plus ou moins rattrapé toutes les personnes qui pouvaient être intéressées à une éducation postsecondaire et qui attendaient l’occasion de se remettre aux études. Pour agrandir notre clientèle, nous devons maintenant faire de la mise à niveau en alphabétisation. C’est essentiel pour nous en tant qu’institution, mais ce l’est aussi pour que la communauté continue à se développer.
Partout, même en Alberta, on a besoin d’avoir de l’instruction pour travailler », ajoute M. Blaquière.
Une longue bataille
La Société éducative de l’Île-du-PrinceÉdouard a célébré, en juin 2005, le 10e anniversaire de son programme d’études postsecondaires. La SE a pris naissance dans la tête de quelques personnes au début des années 1990. Le pari était ambitieux. On voulait créer à partir de presque rien une institution d’enseignement postsecondaire en français et devenir le campus no 7, et le seul à l’extérieur de la Nouvelle-Écosse, du Collège de l’Acadie.
Le pari a été tenu et gagné envers et contre un contexte financier qui laissait à désirer.
« Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais 1992-1993 est l’année où la province a coupé le salaire de ses employés de 7,5 p. 100 pour réduire son déficit. C’est dans cette période que nous voulions créer notre campus du Collège de l’Acadie et offrir des cours postsecondaires en français à l’Île », rappelle Aubrey Cormier, qu’on décrit comme LE visionnaire du projet.
Au prix d’un lobbying constant et bien orchestré, on a réussi à convaincre les personnes clés. Le Centre provincial de formation pour adultes a été mis sur pied et doté de tout l’équipement nécessaire pour l’enseignement à distance.
Après 10 ans de belle collaboration avec le Collège de l’Acadie (devenu l’Université Sainte-Anne en cours de route), la Société éducative a décidé d’orienter ses partenariats autrement et de créer ses propres programmes, dans la mesure du possible.
Un deuxième centre de formation a ouvert ses portes à Charlottetown en automne 2006, et un autre doit ouvrir au cours de l’année 2007-2008 dans le tout nouveau Centre acadien de Prince-Ouest, le dernierné des centres scolaires et communautaires de la province.
Le grand projet de la Société éducative de l’Île, c’est que la province la reconnaisse enfin dans la loi comme le collège communautaire francophone de l’Île. Un pas de plus a été franchi lorsque le gouvernement provincial s’est plus ou moins clairement engagé à accorder cette reconnaissance dans son Discours du Trône de novembre 2006.
Jacinthe Laforest est journaliste à La Voix acadienne de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard.