par Lysanne Lesage
Les programmes de francisation ou de refrancisation connaissent une hausse du nombre d’inscriptions en Saskatchewan. Le nombre de participants aux formations offertes par le Service fransaskois de formation aux adultes (SEFFA) a triplé depuis la dernière année. Une dizaine de formations sont offertes cette année, comparativement à trois l’année précédente.
Une variété d’activités en francisation, comme les programmes French for Parents et Parents petits, deux parmi les plus populaires et les plus importantes, font partie de l’offre active sur le terrain. French for Parents s’adresse aux parents dont l’un des membres du couple est anglophone (couple exogame) alors que Parents petits est un programme qui réunit parents et enfants dans des activités en français.
Le SEFFA a mis également sur pied d’autres programmes au fil des ans. Ces formations ont généralement deux objectifs : il y a celui d’apprendre, de suivre une formation, et l’autre est de le faire en français. C’est ainsi que des cours de cuisine ou de soudure ont combiné l’apprentissage d’une technique avec celui de la maîtrise de la langue.
Le français interdit
Le taux d’assimilation en Saskatchewan est parmi un des plus élevés au Canada. Il est le résultat, entre autres facteurs, de l’abolition de l’enseignement du français dans les écoles par le gouvernement de la Saskatchewan en 1930. Ce droit à l’éducation n’a été restauré qu’à la fin des années 60. Et il a fallu attendre les années 90 pour obtenir la gestion des écoles fransaskoises. Ces écoles, au nombre d’une douzaine maintenant, regroupent un peu plus de mille élèves.
Pendant toute cette période, le château-fort de l’éducation française en Saskatchewan a été le Collège Mathieu. On pouvait y faire des études secondaires et collégiales en français.
En 1986, le Collège Mathieu obtient le feu vert et l’appui financier pour mettre sur pied le Centre de ressources culturelles et pédagogiques – Le Lien, et le Centre fransaskois d’éducation permanente (CFEP). Celui deviendra par la suite le Service fransaskois de formation aux adultes (SEFFA).
Il y a quelques années, le Collège Matthieu transfert la responsabilité de son secteur d’enseignement secondaire à la commission scolaire francophone de la Saskatchewan. S’appuyant sur l’expertise acquise grâce au SEFFA, le Collège Mathieu se réoriente en poursuivant l’objectif de devenir le maître d’oeuvre de l’éducation postsecondaire collégiale technique en français en Saskatchewan. L’Institut français de l’Université de Regina développe le côté universitaire de cette chaîne de l’éducation française en Saskatchewan.
Le SEFFA a été formé en vue de donner des services d’éducation aux adultes en français et dès ses débuts, l’alphabétisation a été une de ses grandes préoccupations. En plus d’une multitude de formation en français, le SEFFA donne des formations créditées dans les domaines de l’économie sociale, de la petite enfance et de l’entreprenariat et celles-ci sont reconnues par SIAST (Saskatchewan Institute of Applied Sciences and Technology).
Encouragement
Le SEFFA rejoint environ 800 personnes par année et sa clientèle comprend toute personne âgée de 16 ans et plus. Environ 300 personnes participent au programme de francisation.
En outre, le SEFFA remet une bourse de 500 $ chaque année à un apprenant qui a déployé des efforts pour maîtriser la base du français dans le cadre du programme Alpha- Sask. Le prix s’adresse aussi bien aux francophones qui n’ont jamais appris le français ou qui l’ont perdu en cours de route qu’aux francophiles qui s’intéressent à la langue française et à la culture fransaskoise.
Lysanne Lesage est journaliste à l’hebdomadaire Le Voyageur de Sudbury, en Ontario.
Gail Enright, une anglophone, a
fréquenté le SEFFA pendant plusieurs
années. Elle a commencé à
apprendre la langue française il y
a une vingtaine d’années. « Dans
ce temps-là, il n’y avait pas beaucoup
d’anglophones qui voulaient
apprendre le français ou faisaient
des efforts pour l’apprendre. »
Avec l’augmentation des couples exogames de nos jours, elle croit que les gens sont plus intéressés à apprendre le français. « J’encourage les parents à inscrire leurs enfants à l’école française, et même à apprendre le français eux aussi », conseille-t-elle.
Mme Enright maîtrise très bien la langue française, mais elle aimerait encore apprendre comment parler en français à un bébé, notamment apprendre des comptines comme Frères Jacques ou Au clair de la lune. « On apprend comment commander au restaurant, comment aller en avion ou comment parler avec des personnes dans une réunion, mais ce sont des choses d’adultes », dit-elle.
Propriétaire d’une garderie qui accueille des enfants de langue française, Mme Enright soutient que « si on ne commence pas à apprendre le français le plus tôt possible, cela devient de plus en plus difficile ».