photo: Étudiants en formation

Des adultes en mouvement

par Marie Clark

Comment naît un groupement comme le Mouvement québécois des adultes en formation? Du mouvement, justement, d’un certain nombre de gens vers l’amélioration de leur situation. Petite histoire du MQAF et de ses défis.

Le Mouvement québécois des adultes en formation (MQAF) est né lors du premier Colloque des adultes en formation, tenu dans le cadre de la Semaine québécoise des adultes en formation, en octobre 2002. « Nous avons été sidérés par ce que nous ont raconté les gens », se souvient Claude Garon, recherchiste pour le MQAF et membre de la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP).

C’était la première fois que quelque 200 adultes de tous les coins du Québec, en formation au secondaire, au cégep et à l’université, s’exprimaient pour révéler leur réalité. On a révélé un bien triste tableau : aucun soutien financier ou presque; l’incompréhension et les préjugés des agents d’Emploi Québec et des Centres locaux d’emploi (CLE) qui vont jusqu’à refuser le choix de la discipline dans laquelle étudier; le règne de l’arbitraire quant aux allocations accordées pour le transport, les frais de garde, le matériel scolaire, etc.; au secondaire, surtout, des structures d’établissement rigides, infantilisantes, peu adaptées au monde des adultes...

Un désir de changement

Le succès de ce premier colloque a été tel qu’il devait comporter une suite. En effet, dans les ateliers, les participants ont exprimé le souhait de se regrouper dans un nouvel organisme voué à la défense de leurs droits et de leurs intérêts, ainsi qu’à l’amélioration du système public d’éducation des adultes.

La FAEUQEP a donc organisé un deuxième colloque en avril 2004. Un bureau de direction provisoire a obtenu le mandat de préparer la création du Mouvement québécois des adultes en formation. L’assemblée générale de fondation du MQAF a eu lieu le 3 avril 2005, lors du troisième colloque. On y a adopté les règlements généraux du Mouvement et son programme politique, et l’on a élu un conseil d’administration de 18 membres.

Du pain sur la planche

Le premier défi du MQAF est de faire amender la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’étudiants de manière à permettre la création d’associations étudiantes adultes. « Le Mouvement ne pourra réellement décoller que lorsqu’il rassemblera des associations étudiantes fortes pour représenter les 350 000 adultes en formation au Québec », soutient Claude Garon. Comme le Mouvement n’a droit, pour le moment, à aucune subvention et que les ressources financières de ses membres sont très limitées, il est freiné dans son développement et sa capacité d’action. Il est du moins possible de remplir une pétition demandant la modification de la Loi sur le site Internet du MQAF (www.mqaf.qc.ca).

Cependant, une rencontre avec la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), Mme Michelle Courchesne, a déjà permis de jeter les bases d’une collaboration. « Ça se construit tranquillement, affirme M. Garon. On constate que le MESS et le MEQ (ministère de l’Éducation) ne sont pas fermés au Mouvement. Au contraire, ils ont intérêt à ce que de telles organisations existent, car ils ont besoin d’avoir une rétroaction directe de ce qui se passe sur le terrain. »

Entre autres revendications

Une des premières revendications du Mouvement est le versement d’une allocation minimale de 1 000 $ par mois à chaque élève. Il cherche également à faire reconnaître l’éducation des adultes comme un droit, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Le Mouvement réclame enfin un mécanisme d’appel indépendant pour entendre les plaintes des personnes qui s’estiment lésées par des décisions et des comportements inadéquats des agents d’Emploi Québec et des Centres locaux d’emploi, de même que la création d’un poste d’ombudsman de l’éducation.

Même si le MQAF n’en est qu’à ses débuts, il est permis de rêver que le gouvernement du Québec ne puisse plus passer outre l’engagement qu’il a pris en 1997 en signant la Déclaration de Hambourg, lors de la Ve Conférence internationale sur l’éducation des adultes, présidée par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), et qu’il adopte dans un proche avenir des mesures concrètes pour développer l’éducation des adultes.


Marie Clark est journaliste à la pige.