Un tour d’horizon

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L’approche innovatrice du CECI au Niger

par Yahouza Ibrahim, directeur du CECI au Niger et Roch Harvey (CECI-Uniterra)

Dans le cadre de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté, le Niger a élaboré un programme de développement de l’éducation pour la période 2003-2012. Contrairement aux pratiques du passé, le gouvernement nigérien a innové en adaptant une stratégie de collaboration avec les organismes de la société civile. Appelée le « faire faire », cette stratégie a démontré une grande efficacité dans la mise en oeuvre des programmes d’éducation non formelle et d’alphabétisation des adultes.

Pour le gouvernement du Niger, la raison essentielle de ce changement stratégique dans la livraison des programmes découle du constat que les anciennes approches ont montré leurs limites. Étant donné qu’une plus grande prise de conscience s’est développée au profit de l’éducation non formelle en général et de l’éducation des adultes en particulier, les conditions d’une nouvelle approche, plus participative et plus efficiente, étaient réunies.

Définition de la stratégie du « faire faire »

Le « faire faire » se définit comme une stratégie novatrice et efficace permettant à l’Etat et aux partenaires (ONG, associations, organismes communautaires, services publics, etc.) de se répartir de manière fonctionnelle les rôles dans la livraison des programmes d’alphabétisation. Selon cette nouvelle approche, l’Etat s’occupe de la définition de la politique, de la mobilisation des ressources financières, du suivi, de l’évaluation et du renforcement des capacités des opérateurs. Par contre, ce sont des organismes de la société civile qui sont responsable de la mise en oeuvre des activités de formation sur le terrain.

Au Niger, la stratégie du « faire faire » a été expérimentée, perfectionnée et mise en oeuvre à travers deux grands projets exécutés par le CECI. Le premier a été le Projet d’appui au développement de l’éducation non formelle (PADENF), financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) qui avait, entre 2001 et 2005, un objectif d’alphabétiser 41 000 jeunes et adultes dont 65% de femmes et jeunes filles. Le second, toujours en cours, est le Programme de développement de l’éducation non formelle (PRODENF), financé par la Banque Mondiale, qui doit, entre 2004 et 2007, contribuer à alphabétiser 65 000 adultes dont 65% de femmes.

Des résultats qui dépassent les attentes

Les résultats atteints par ces deux projets sur le plan quantitatif dans la période de 2002 à 2006 sont remarquables : 93 934 apprenants inscrits dont 63 778 femmes. Sur le plan qualitatif, une étude a démontré que 42% des anciens apprenants interrogés reconnaissent que les connaissances acquises dans les centres d’alphabétisation leur ont permis d’améliorer à court terme leur situation sur le plan du revenu, de l’emploi, de l’éducation des enfants, de la santé, etc.

Au plan politique, la stratégie innovatrice du « faire faire » a contribué à un meilleur positionnement de l’éducation non formelle et un regain d’intérêt pour l’alphabétisation des adultes. Elle a engendré un accroissement du nombre d’organismes d’alphabétisation et elle a aussi favorisé une implication plus active des communautés bénéficiaires dans la planification et la mise en oeuvre des programmes de formation.

Les défis et les perspectives

Les réussites des projets réalisés par le CECI ont permis d’identifier un certain nombre de défis à relever. Il s’agit tout d’abord de la nécessité d’investir dans la professionnalisation des opérateurs qui doivent bénéficier de formation plus soutenue. Il s’est également avéré essentiel de créer une structure de coordination et de gestion des fonds de l’éducation non formelle et de l’alphabétisation afin d’optimiser le peu de ressources disponibles. La mise en place d’une base de données pour la production de statistiques complètes et fiables et pour assurer une meilleure visibilité des interventions s’avère aussi un investissement d’avenir. Enfin le réseautage des opérateurs apparaît comme une voie essentielle pour soutenir l’émergence d’une coalition forte, dynamique et capable de dialogue politique avec les gouvernements en matière d’éducation des adultes.

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