« En dix ans, le gouvernement n’a pas augmenté les budgets, alors que le coût de la vie a poursuivi son ascension, note-t-elle. Résultat : les 300 organismes anglophones et francophones doivent toujours se partager la même enveloppe, qui est de 63 millions de dollars. »
Une augmentation du fi nancement rendu possible grâce à l’initiative Rattrapage scolaire a permis au Collège Boréal d’implanter récemment quatre nouveaux programmes de formation de base en français à Toronto, à Windsor, à Welland, à London, à Brampton et dans la région de Simcoe. On y offre notamment le certifi cat Accès carrière-études reconnu comme l’équivalence de la 12e année, ce qui permet d’intégrer un programme d’apprentissage au collégial.
« Certains employeurs commencent à reconnaître le certifi cat comme l’équivalent de la 12e année aux fi ns d’embauche, mais il reste encore beaucoup de travail de promotion des collèges à faire », indique la responsable de la formation de base au Collège Boréal, Debbie Grier.
Signe, selon Mme Grier, que le travail de collaboration qu’encourage le gouvernement porte ses fruits, les 24 collèges de la province se sont récemment entendus pour reconnaître le certifi cat Accès carrière-études au sein du réseau. Cette mesure permet ainsi à un apprenti de poursuivre une formation dans un autre établissement.
Dominique La Haye est journaliste au quotidien Le Droit d’Ottawa-Gatineau.
par Guillaume Dandurand

L’alphabétisation passe à l’histoire au Manitoba. Le gouvernement néo-démocrate a en main un projet de loi qui faciliterait le sort des analphabètes, qu’ils soient anglophones ou francophones!
Vous ne possédez pas de diplôme d’études secondaires? Vous n’êtes pas le seul. Plus d’un adulte sur quatre a quitté les bancs de l’école avant d’obtenir son diplôme, selon les responsables de l’organisation Literacy Partners of Manitoba. Cette statistique inquiétante refl ète le taux d’alphabétisation de la population active. Environ 40 p. 100 des Manitobains ne réussissent qu’à comprendre un texte simple dans lequel les tâches à accomplir ne sont pas trop complexes.
La Province a donc décidé d’agir. Le 29 novembre dernier, la ministre de l’Enseignement postsecondaire et de l’Alphabétisation, Diane Mc- Gifford, a déposé un projet de loi sur l’alphabétisation des adultes, le premier du genre au Canada.
Le projet de loi 10 jette les balises d’une collaboration entre les ministères manitobains et les intervenants communautaires qui travaillent en éducation des adultes. Si elle traverse les processus législatifs, la loi obligerait le gouvernement à développer des stratégies d’alphabétisation pour les adultes. Le Programme d’alphabétisation des adultes du Manitoba (PAAM) aurait notamment pour mission de fournir un fi nancement adéquat aux organismes qui oeuvrent dans ce secteur.
« Nous en avons vraiment besoin », commente la registraire de l’apprentissage des adultes et de l’alphabétisation de Literacy Partners of Manitoba, Anna Beauchamp. « Ce projet de loi nous amènerait plus de sécurité et de stabilité fi nancières. »
« Ça va aussi mettre l’alphabétisation sur la carte », précise la directrice générale de Plurielles, Mona Audet. Son organisme d’alphabétisation francophone travaille depuis 17 ans à alphabétiser les apprenants de souche canadienne- française dans plusieurs communautés. « C’est une priorité au Manitoba, poursuit-elle. Cette approche stratégique du problème amènera des changements pour aider ceux qui en ont le plus besoin, soit les personnes apprenantes. »
Anglophones ou francophones, tous les organismes d’alphabétisation profi teraient du PAAM. C’est du moins ce qu’assure le ministre responsable des Services en langue française, Greg Selinger : « Ce projet de loi indique l’engagement de notre gouvernement face à l’alphabétisation. J’ai parlé avec la ministre de l’Alphabétisation et nous avons discuté de l’inclusion de la communauté francophone dans la législation. Elle était complètement à l’aise avec ça. »
Avec raison. Le taux moyen d’alphabétisme des francophones en milieu minoritaire est plus faible que celui des anglophones, qui forment la majorité de la population. Plus de la moitié des Franco-Manitobains se situent aux deux premiers niveaux de compréhension de textes. Chez les anglophones au Manitoba, le taux équivalent plafonne à 37 p. 100.
« Il y aura un changement dans l’élaboration [du projet de loi 10] afi n d’avoir l’inclusion spécifi - que de la communauté francophone, promet M. Selinger. Ce sera une reconnaissance des responsabilités de notre gouvernement pour la communauté franco-manitobaine. »
La communauté franco-manitobaine a réussi à tirer son épingle du jeu, mais les grands gagnants sont les personnes apprenantes. « Le PAAM donnerait plus de reconnaissance à l’alphabétisation, estime Mona Audet, mais ce sont surtout les efforts des apprenants qui seront valorisés. Et il n’y a rien de plus beau que de voir une personne travailler pour apprendre à lire et à écrire. Ce seront eux les principaux bénéfi ciaires de cette loi », si elle est adoptée, bien sûr!
Guillaume Dandurand est journaliste à l’hebdomadaire La Liberté de Saint-Boniface, au Manitoba.