Un tour d’horizon

Alphabétisation et formation de base

Un vent de fraîcheur souffle sur l’Ontario depuis la parution du rapport
« L’Ontario apprend »

par Dominique La Haye

photo: Kathleen Wynne
Mme Kathleen Wynne,
ministre de l’Éducation de
l’Ontario

Depuis près de deux ans, la province de l’Ontario emploie les grands moyens pour améliorer ses programmes dans le domaine de l’alphabétisation et de la formation de base.

La machine gouvernementale a tôt fait de se mettre en mode action à la suite du dépôt, en juin 2005, du rapport L’Ontario apprend, le renforcement de notre système d’éducation des adultes 1.

« Avant le rapport, l’Ontario stagnait. Sa parution a éveillé les gens et mis en route une machine très lente, mais qui fonctionne. Les efforts consacrés ne porteront pas des fruits du jour au lendemain, mais au moins on est sur la bonne voie, et c’est très encourageant », constate la directrice générale de la Coalition francophone pour l’alphabétisation et la formation de base en Ontario, Suzanne Benoit.

La publication de ce rapport ciblait un certain nombre de lacunes à corriger, dont le chevauchement des programmes et des services entre le fédéral et la province et entre les différents ministères, le manque d’uniformité du système d’éducation aux adultes et la difficulté à faire reconnaître les programmes à leur juste valeur sur le marché du travail.

Un guichet unique : Emploi-Ontario

En réaction au rapport Wynne, les deux paliers de gouvernement ont conclu l’Entente Canada-Ontario sur le développement du marché du travail. Le fédéral s’est engagé à transférer à la province de nombreux programmes de formation et d’emploi ainsi que des ressources et du personnel. En vigueur depuis le mois de janvier, l’entente a permis de créer le guichet unique Emploi-Ontario qui, comme Emploi-Québec, permet de s’adresser à un seul endroit pour trouver des réponses aux besoins d’emploi et de formation (www.ontario.ca/emploiontario).

« Les gouvernements étaient conscients du problème de chevauchement des services et de la confusion que cela engendrait auprès des gens. L’Ontario est la dernière province à avoir négocié son transfert de services avec Ottawa, et cela aura pris presque dix ans de négociations pour y arriver », indique la porte-parole du ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, Tanya Blazina.

Comme plusieurs acteurs du milieu, Donald Lurette, responsable du Centre d’apprentissage et de formation (CAP) à Hawkesbury, a applaudi à cette entente historique entre Ottawa et Toronto. Habitué de travailler sur le terrain et de se buter au manque de communication entre les fonctionnaires, M. Lurette croit cependant que cette initiative traite les obstacles en surface.

« Le problème en Ontario est d’ordre structurel, c’est-à-dire que les programmes en formation de base ont des approches concurrentielles comme dans le secteur privé et les bailleurs de fonds encouragent cette méthode. Bien sûr, le guichet unique mettra fin à la concurrence entre les services provinciaux et fédéraux. »

La course aux partenariats

Jean-Robert Sabourin, responsable de Connexion-Emploi à Ottawa, un programme d’Emploi-Ontario destiné aux gens à la recherche d’un emploi ou désirant poursuivre une formation, ne voit pas la chose du même oeil. Il croit que le guichet unique a créé un terreau fertile à la collaboration entre les agences, les conseils scolaires et les ministères.

« On sent que le gouvernement encourage les partenariats et met des mécanismes en place à cette fin, dit-il. Dans le milieu, cela fait bien sourire, car le Ministère croit avoir inventé la roue, alors qu’en réalité ça fait des années que les intervenants tentent de collaborer par différents moyens, alors que la structure ne favorisait pas cela. »

M. Sabourin nourrit toutefois une inquiétude devant les récentes initiatives de Queen’s Park en ce qui a trait à la question des services en français. « On ne veut pas se retrouver avec des services bilingues. On sait ce que ça vaut. Je suis d’avis que le client devrait pouvoir avoir des services dans sa langue maternelle. »

L’ouverture récente du gouvernement aux partenariats semble néanmoins vouloir faciliter la livraison de services en français, selon la directrice des services communautaires et responsable de la formation de base à La Cité collégiale, Dominique Godbout. Elle souligne que l’établissement a récemment conclu des partenariats avec des agences en région pour leur permettre d’offrir des programmes de formation de base en français, partenariats notamment avec le centre Moi, j’apprends d’Ottawa, avec le Centre d’alphabétisation et de formation + de Cornwall, avec le CAP d’Hawkesbury et avec La Route du savoir de Kingston.

« En général, seuls les collèges peuvent offrir une formation de base de niveau plus avancé, mais ces partenariats avec La Cité collégiale leur permettront de le faire. »

Si la directrice générale de la CFAFBO, Mme Benoit, accueille comme un vent de fraîcheur les efforts du gouvernement pour améliorer le secteur de la formation de base, elle déplore toutefois le sous-fi nancement des programmes.


1 L’auteure du rapport, Mme Kathleen Wynne, était députée libérale et adjointe parlementaire du ministre de l’Éducation de l’Ontario au moment du dépôt du rapport. Elle est devenue ministre de l’Éducation de l’Ontario quelques mois plus tard.