En général, toutefois, il est impossible de distinguer les effets de cohorte, de période, du vieillissement et de la pratique lorsqu'on analyse des données transversales. L'ELCA mesure un certain nombre d'expériences de vie importantes, mais seulement à un âge donné. L'enquête ne fournit pas les renseignements nécessaires pour évaluer l'incidence cumulative de chaque expérience de vie sur le perfectionnement des compétences. Pour étudier cet aspect, il faudrait mener des enquêtes longitudinales complexes et coûteuses comportant des évaluations cognitives répétées des mêmes personnes dans le temps.

Il importe également de prendre en compte les variations de la qualité de l'éducation avec le temps, ou les effets de la qualité de l'éducation. Les données présentées dans la figure 2.8 tiennent compte uniquement de la quantité, et non de la qualité, de l'éducation. Or, il est probable que l'amélioration graduelle des systèmes éducatifs avec le temps explique, du moins en partie, le lien observé entre les compétences et l'âge. Il faut donc évaluer les variations de la qualité et les inclure dans ce type d'analyse afin de vérifier comme il se doit le lien observé entre les compétences et l'âge.

À part l'éducation, différentes expériences de vie, notamment l'expérience individuelle du marché du travail, l'ampleur de l'engagement dans l'apprentissage des adultes et d'autres habitudes, ont probablement une influence significative sur le lien entre les compétences et l'âge. Bien qu'on ne dispose pas de mesures cumulatives, l'ELCA constitue une source exceptionnellement riche de renseignements permettant d'approfondir l'étude de ces types d'effets dus à la pratique. C'est ce que nous ferons dans les chapitres qui suivent.

2.5 Les compétences des adultes et le sexe

Les écarts entre les hommes et les femmes constituent un autre aspect essentiel à prendre en compte. Il est possible que les variations du rendement global procèdent des écarts entre les sexes dans la répartition des compétences des adultes. Jusqu'à récemment, les hommes étudiaient habituellement plus longtemps que les femmes; or, comme l'éducation constitue un déterminant important du perfectionnement des compétences (voir le chapitre 3), l'écart entre les sexes en matière d'éducation pourrait être à l'origine des écarts entre les compétences des hommes et celles des femmes. Toutefois, les résultats de l'EIAA (1994-1998) semblent indiquer que, de façon globale, l'écart entre les sexes au chapitre des compétences des adultes est restreint et, dans certains pays, négligeable, même lorsqu'on neutralise l'éducation (OCDE et DRHC, 1997, pp. 34-35). D'après l'EIAA, lorsque l'écart est statistiquement significatif, il a tendance à favoriser les hommes dans les domaines de la numératie et de la compréhension de textes schématiques, et les femmes dans le domaine de la compréhension de textes suivis.

Fait intéressant, cette tendance des écarts entre les sexes dans des domaines semblables concorde avec les résultats d'évaluations internationales menées auprès d'élèves de 14 ans dans le cas de la Reading Literacy Study de l'IEA (Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire) de 1991 (voir OCDE et DRHC, 1997, p. 33) et de 15 ans dans le cas du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) (OCDE, 2001). D'après le PISA, les filles obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux des garçons en compréhension de l'écrit dans 28 pays de l'OCDE et quatre pays non membres de l'OCDE. En revanche, les garçons l'emportent sur les filles en culture mathématique dans 26 pays de l'OCDE (les résultats sont significatifs dans 13 pays) et trois pays non membres (les résultats sont significatifs dans deux pays).